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Christina BAKER KLINE, Le monde de Christina.
325 pages.
Editions Belfond (4 octobre 2018).

QUATRIEME DE COUVERTURE :

Après l'immense succès du Train des orphelins, Christina Baker Kline recrée l'histoire de l'une des muses les plus célèbres, et les plus mystérieuses, de la peinture américaine du XXème siècle. Un roman fascinant et plein de tendresse sur l'amitié, le regard de l'autre et la force de l'art.

Du monde, Christina Olson n'a rien vu. Paralysée depuis l'enfance, elle vit recluse dans la ferme familiale, perchée sur une falaise du Maine. Sa seule ouverture sur l'extérieur : une pièce remplie de coquillages et de trésors rapportés des mers du Sud par ses ancêtres, farouches marins épris d'aventures, et dont les histoires nourrissent ses rêves d'ailleurs.

L'arrivée de nouveaux voisins, la pétillante Betsy et son fiancé, le jeune peintre Andrew Wyeth, va bouleverser le quotidien de cette femme solitaire. Alors qu'une amitié naît entre elle et le couple, Christina s'interroge : pourra-t-elle jamais accéder à la demande d'Andrew de devenir son modèle ? Comment accepter de voir son corps brisé devenir l'objet d'étude d'un artiste, d'un homme ? L'art est le reflet de l'âme. Et sur la toile, Christina redoute de voir apparaître ses failles, et celle qu'elle aurait tant désiré être...

MON AVIS :

Née en Angleterre, Christina Baker Kline a grandi dans le Maine, aux États-Unis. Auteure de plusieurs romans et d'essais, c'est avec Le Train des orphelins (Belfond, 2015 ; Pocket, 2018) qu'elle a véritablement connu le succès. Pour son nouveau roman, l’auteure, ayant beaucoup appris sur l’Amérique de début et milieu du XXème siècle dans le cadre de ses précédentes recherches documentaires, a pensé qu’il serait profitable de rester sur cette période. Le monde de Christina s’inspire donc de la vie rurale du Maine et recrée l’histoire de l’une des muses les plus célèbres et les plus mystérieuses de la peinture américaine du XXème siècle.

Mêlant habilement fiction et non-fiction, Christina Baker Kline signe un roman fascinant et plein de tendresse sur l’amitié, le regard de l’autre et la force de l’art.

Atteinte d’une maladie neurologique rare qui la prive progressivement de sa mobilité, Christina Olson vit en recluse avec son frère dans la ferme familiale, perchée sur une falaise du Maine. L’arrivée de nouveaux voisins, la pétillante Betsy et son fiancé Andrew Wyeth, va bouleverser son destin. En effet, le jeune peintre se prend rapidement d’affection pour cette jeune femme solitaire, à l’esprit vif et au corps brisé. S’inspirant de Christina, Andrew Wyeth va alors entreprendre une des toiles les plus marquantes de l’histoire de l’art américain. Le monde de Christina reste à ce jour son chef d’œuvre le plus inspiré, le plus énigmatique et troublant.

Conservée au Museum of Modern Art de New-York depuis 1949, cette tempera rendra Wyeth célèbre du jour au lendemain, en devenant l’icône dans lequel toutes les générations du peuple américain se reconnaissent. Il faut voir Le monde de Christina pour comprendre à quel point l’œuvre de Wyeth est géniale et stupéfiante ! La toile montre une jeune femme seule, au sol, se traînant dans un champ. Représentée de dos, elle rampe en direction d’une maison grise isolée qui paraît se situer en hauteur, presque à l’horizon. Au premier coup d’œil, le spectateur comprend qu’elle n’arrivera jamais à atteindre sa destination.

En découle un étrange sentiment de détournement du réel. Cette angoisse spatiale obsédante, palpable, ressentie par le spectateur, induit une incertitude du destin de cette « entité féminine » à la posture tendue. La menace qui pèse sur elle et son environnement est présente, immédiate et toute la « normalité apparente » de ce tableau peut basculer vers un irrationnel dangereux, voire dériver dans une panique incontrôlable, d’une seconde à l’autre. S’agit-il du présage d’un effondrement psychique ? Ou faut-il, de manière plus positive, y voir une forme d’autonomie à laquelle Christina serait parvenue en devenant la muse du peintre ?

C’est tout le thème du roman de Christina Baker Kline qui relate, sans misérabilisme, l’histoire de Christina Olson depuis ses plus jeunes années, jusqu’à l’achèvement de la toile d’Andrew Wyeth. Dans une note en fin d’ouvrage, dont on ne peut que conseiller vivement la lecture, l’auteure fait non seulement état de ses recherches phénoménales sur la vie, la famille et la relation de Christina Olson avec le peintre Andrew Wyeth mais apporte également des pistes ainsi qu’un début de réflexion absolument passionnants sur l’interprétation possible de la toile de Wyeth.

Néanmoins, quelles que soient les explications que Christina Baker Kline tente d’apporter pour approcher la vérité intrinsèque de la toile, l’œuvre de Wyeth, tout comme la femme qui l’a inspirée, garde sa part de mystère… Et heureusement ! Des générations de spectateurs se sont succédé devant le tableau avec des commentaires divers et variés, alors bravo au peintre pour cette merveille picturale et bravo à Christina Baker Kline qui lui a rendu un hommage vibrant !

Tout comme le tableau éponyme de Wyeth, Le monde de Christina est un roman puissant, à la fois tendre et féroce, qui célèbre la soif de vivre, la détermination et le désir farouche de liberté ! Une expérience de lecture unique et inspirante, un émouvant voyage pictural que l’on termine presque à regret…

Je remercie les éditions Belfond et la plateforme NetGalley de leur confiance.