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Françoise KERYMER, L'automne attendra.
406 pages.
Editions JC Lattès (4 avril 2018).

QUATRIEME DE COUVERTURE :

« Louise s’écarte sur la banquette pour faire de la place à Adrien. Il lui passe sa sacoche avec la précieuse partition du concert, qu’elle pose à ses pieds. Ce simple geste pourrait être celui d’un couple, révélant une habitude, une confiance réciproque. Adrien l’a fait exprès. Germain l’a noté. Elle aussi. »

La soixantaine épanouie, Louise a tout pour être heureuse. Mais sa rencontre avec Adrien, chef d’orchestre, lui permet de comprendre qu’elle n’attend plus grand-chose de la vie, dont elle s’échappe en écrivant des romans. Ce qui la lie encore à Germain, son mari depuis trente ans, s’en trouve bouleversé, même si une réelle affection persiste entre eux. Quant à Adrien, emporté par les tourbillons d’une brillante carrière, il est enfermé dans l’univers de la musique qui l’aide à oublier son incapacité à aimer.

Une rencontre, et plus rien ne sera comme avant...

Ancienne libraire, Françoise Kerymer partage son temps entre la Bretagne et Paris. Ses précédents romans, Il faut laisser les cactus dans le placard (2010), Seuls les poissons (2012) et Trois éclats toutes les vingt secondes (2014), ont tous les trois été publiés aux éditions JC Lattès. 

MON AVIS :

Belle saison que l'automne ! Les feuilles des arbres s'habillent des mille nuances du rouge cuivré ou du jaune tango, les températures fraîchissent en douceur. Mais peut-on dire que cette période du couple où les époux atteignent les 50-60 ans « l'automne de la vie » est, pour lui, une « belle saison » ? C’est tout le propos du dernier roman de Françoise Kerymer, L’automne attendra, que j’ai pris un immense plaisir à découvrir.

C’est ce moment où parfois, deux époux décident de se séparer : les enfants sont élevés et ont quitté le nid, le conjoint, on a l’impression de le connaître par cœur et on aimerait encore pouvoir vérifier son propre pouvoir de séduction. C’est précisément ce que vit Louise, ancienne libraire à la soixantaine épanouie. Parce que son mari Germain, procureur à la retraite, manque cruellement de fantaisie et d’humour, parce qu’elle s’ennuie à ses côtés, Louise se réfugie dans l’écriture de romans. Un jour, par hasard, elle rencontre Adrien, un chef d’orchestre passionné qui ne vit que pour sa musique. C’est une révélation ! Louise prend conscience que la roue tourne et qu’elle ne veut pas gâcher les années qu’il reste à vivre…

L’automne attendra est un roman touchant, écrit avec beaucoup de pudeur et de sincérité. Françoise Kerymer a su créer des personnages humains, tout en nuances, auxquels on ne peut que s’attacher et parfois même s’identifier. Elle a également pimenté judicieusement son roman de magnifiques paysages et descriptions : Paris, ville lumière, où tout est culture et plaisir et la Bretagne sauvage qui ébouriffe et décoiffe, où la douceur de vivre apaise et invite à se ressourcer. Ce n’est pas seulement une histoire d’amour compliquée que Françoise Kerymer donne à lire à ses lecteurs, ni même l’histoire d’un couple qui se délite, mais c’est surtout un parcours initiatique, une quête de soi qui s’accompagne d’indispensables voyages au cours desquels ses personnages finiront par trouver leur point d’ancrage et d’équilibre. L’atmosphère et la description des lieux qu’ils visitent, prennent alors une importance capitale, presque thérapeutique, tout en procurant au lecteur des pauses nécessaires qui lui permettront de « digérer » les rebondissements et révélations du récit.

Car, loin de proposer une énième romance contemporaine, Françoise Kerymer aborde dans L’automne attendra des thèmes presque philosophiques comme l’amour ou le bonheur. Son écriture simple, accessible, ainsi que la valeur universelle des messages qu’elle véhicule, invite à une véritable réflexion. Ce qui rend son roman si attachant et si lumineux, c’est que l’auteure écrit avec le cœur et raconte ce que la vie a de plus complexe, de plus fragile mais aussi de plus beau ! Sans jamais faire de morale, ni être péremptoire, elle pousse le lecteur à s’interroger, à comparer sa vie personnelle à celle de ses personnages, une façon très efficace de provoquer l’empathie et de susciter l’intérêt ! Le lecteur, intrigué, n’a alors de cesse de tourner toujours plus de pages ! Frénétiquement, comme saisi d’une boulimie de lecture, on lit et on espère voir se démêler l’écheveau compliquer de ce triangle amoureux. C’est passionnant !

Françoise Kerymer offre un roman subtil et tout en contrastes, qui séduit autant qu’il bouscule. L’acuité avec laquelle l’auteure décrit la beauté de l’imprévisible, l’émerveillement et cette fulgurance de l’instant est tout simplement sidérante ! Un très bon moment de lecture !

Je remercie les éditions JC Lattès de leur confiance.