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Hannah KENT, Dans la vallée.
473 pages.
Editions Presses de la Cité (13 septembre 2018).

QUATRIEME DE COUVERTURE :

« Certains êtres sont différents. Ils sont nés comme ça, sur le bord du monde. Ils savent voir ce que d'autres ne voient pas. Pour eux, les rivières ne coulent pas de la même façon. »

Le temps semble s'être arrêté dans ce village du sud de l'Irlande égaré dans la vallée et battu par la famine. Nóra Leahy a perdu son mari et sa fille et se retrouve seule avec son petit-fils de quatre ans, infirme. Pourtant, Nóra s'en souvient : quelques années plus tôt, Micheál marchait et commençait déjà à parler. Que lui est-il arrivé ? A-t-il été changé, remplacé pendant la nuit par les fées qui auraient posé une autre créature dans le berceau ? Est-ce à lui que la vallée doit la malédiction qui la frappe ? Mary, la jeune servante que Nóra vient d'engager, se laisse impressionner par les commérages du village et les rapporte à sa maîtresse. Ensemble, les deux femmes se mettent en quête de la seule personne en mesure de sauver Micheál : une originale, qui vit seule dans la lande et parle le langage des plantes. Car, même si tout le monde s'en méfie, on sait que la vieille Nance Roche a le don. Qu'elle communique avec le peuple invisible. Et qu'il n'y a qu'elle pour faire revenir ceux qui ont été enlevés...

MON AVIS :

Née en Australie en 1985, Hannah Kent s'est fait connaître avec À la grâce des hommes (Presses de la Cité, 2015), son premier roman, best-seller international. Elle est cofondatrice et rédactrice en chef de la revue littéraire Kill your darlings. Dans la vallée est son deuxième roman.

Inspiré de faits réels, Dans la vallée est un roman sur le folklore irlandais, les croyances populaires et la vérité, celle que nous pensons connaître et celle à laquelle nous voulons croire. Avec ce deuxième roman à l'atmosphère sombre et poétique, Hannah Kent confirme, si besoin était, son exceptionnel talent de conteuse et sa remarquable maîtrise de la langue.

Construit comme un suspense psychologique, son roman montre à quel point le folklore irlandais était (et demeure) un système de croyances populaires extrêmement complexe, d’une ambigüité terrifiante. À travers l’histoire bouleversante de Micheál Kelliher, c’est le destin de tous les habitants des campagnes irlandaises du XIXème siècle dont il est question dans le roman de Hannah Kent.

Grâce à un talent de conteuse hors pair, l’auteure fait revivre la vallée et le comté de Kerry. Insalubrité, dénuement, malnutrition, épidémies… On se rend vite compte à quel point il est difficile de survivre dans des conditions aussi précaires et sordides. Peu ou pas éduqués, les habitants de ces régions défavorisées n’ont aucun espoir de s’extraire du quotidien crasseux auxquels ils sont destinés. Beaucoup d’entre eux sombrent dans l’alcoolisme et/ou cèdent aux croyances populaires et aux superstitions qui imprègnent ces campagnes arriérées et opèrent dans des circonstances radicalement différentes de celles que connaissent la plupart des membres de nos sociétés modernes, éclairées et cultivées. C’est sidérant de réalisme !

« Toutes ces histoires de Fairies et de Peuple invisible… Pour sûr, certaines personnes préfèrent se raconter n’importe quoi plutôt que d’affronter la réalité en face. »

Hannah Kent a construit son roman comme le témoignage d’une époque. Mêlant intimement la fiction aux faits historiques, il est alors impossible au lecteur de distinguer quels sont les faits avérés de ceux qui servent l’intrigue, ô combien poignante, de son roman. L’ensemble sonne si incroyablement juste et certaines scènes sont si troublantes, si dures et si révoltantes qu’on en arrive à mieux comprendre pourquoi Nance Roche est devenue cette vieille femme solitaire et marginale, au comportement si indomptable ! C’est tout simplement captivant !

« Les actes pétris d’ignorance des inculpées prouvent leur appartenance à une classe marquée par une immoralité innée ou acquise. Cependant, ce qui ressort de cette affaire n’est pas la cruauté, mais bien l’irrésistible impression et la probabilité écrasante d’un faible niveau intellectuel combiné à des passions extrêmement fortes, et à la nature la plus vile. »

Dès les premières pages, attendez-vous donc à être projeté dans les campagnes irlandaises du XIXème siècle, en compagnie de personnages qu’il vous sera très difficile de quitter. En dépit de leur pitoyable ignorance intellectuelle et morale, vous vous attacherez forcément à ces gens de peu, que Hannah Kent a su rendre, malgré la peur et le dégoût qu’ils inspirent parfois, attendrissants et touchants.

Dans la vallée est un pur bijou, aussi sombre et brumeux que la campagne irlandaise que Hannah Kent décrit. Un roman à lire absolument !

Je remercie les éditions Presses de la Cité et la plateforme NetGalley de leur confiance.