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John BOYNE, Les fureurs invisibles du coeur.
580 pages.
Editions JC Lattès (22 août 2018).

QUATRIEME DE COUVERTURE :

Cyril Avery n’est pas un vrai Avery et il ne le sera jamais – ou du moins, c’est ce que lui répètent ses parents adoptifs. Mais s’il n’est pas un vrai Avery, qui est-il ?

Né d’une fille-mère bannie de la communauté rurale irlandaise où elle a grandi, devenu fils adoptif d’un couple dublinois aisé et excentrique par l’entremise d’une nonne rédemptoriste bossue, Cyril dérive dans la vie, avec pour seul et précaire ancrage son indéfectible amitié pour le jeune Julian Woodbead, un garçon infiniment plus fascinant et dangereux.

Balloté par le destin et les coïncidences, Cyril passera toute sa vie à chercher qui il est et d’où il vient – et pendant près de trois quarts de siècle, il va se débattre dans la quête de son identité, de sa famille, de son pays et bien plus encore.

Dans cette œuvre sublime, John Boyne fait revivre l’histoire de l’Irlande des années 1940 à nos jours à travers les yeux de son héros. Les Fureurs invisibles du cœur est un roman qui nous fait rire et pleurer, et nous rappelle le pouvoir de rédemption de l’âme humaine.

MON AVIS :

John Boyne est né en Irlande en 1971. Auteur de dix romans et de quelques livres pour la jeunesse dont le célèbre Le Garçon en pyjama rayé (Gallimard, 2006), il signe ici son roman le plus personnel et le plus ambitieux.

À peine paru et déjà unanimement salué par la presse et le public qui en parlent déjà comme d'un roman destiné à devenir un classique, Les fureurs invisibles du cœur emprunte son titre à Hannah Arendt, à propos du poète britannique W. H. Auden, à l'homosexualité assumée. Il s’agit d’une saga bouleversante aux accents politiques, que certains, excusez du peu, comparent même au roman de John Irving, Le monde selon Garp. Il est vrai que Les fureurs invisibles du coeur possède le même souffle épique et ce même mélange d’émotions, d’humour et de drôlerie qui a fait le succès du roman tragico-burlesque d’Irving.

Cependant, à côté des dialogues acerbes et/ou cyniques en total décalage avec l’Irlande rétrograde de l’époque à laquelle John Boyne plante son histoire, le vocabulaire cru qu’il choisit a de quoi surprendre ou choquer le lecteur. Certains auront sûrement du mal à supporter les propos vulgaires employés à tout va pour décrire la sexualité, les comportements ou les pratiques sexuelles débridés de certains de ses personnages…

À moins que le choix de ce vocabulaire ne soit plutôt un moyen pour l’auteur de dénoncer les pratiques ineptes et rétrogrades d’une société irlandaise, intolérante et totalement inféodée à l’Eglise catholique... C’est possible.

En tout cas, l’épopée ahurissante de Cyril ne peut que toucher et émouvoir le lecteur. De situations cruelles et franchement sordides, John Boyne réussit l’exploit de faire jaillir des moments incroyables de drôlerie et de fantaisie. Touché en plein cœur par la bonté et la bienveillance d’un personnage pourtant mille fois rejeté, agressé et humilié, le lecteur, à travers l’histoire et le personnage attendrissant de Cyril, se surprendra à réfléchir à l’épineuse question de l’identité.

« Nous haïssons ce qui nous effraie en nous-mêmes. »

Faut-il nécessairement dévoiler sa singularité pour pouvoir vivre pleinement ce qui nous rend heureux ou au contraire, faut-il refouler sa nature profonde pour pouvoir rester dans la « norme » ? C’est tout le propos du roman de John Boyne qui, espérons-le, agira sur la plus grande majorité comme une piqûre de rappel des notions indispensables de tolérance, d’acceptation et de non-jugement des autres.

Je remercie les éditions JC Lattès et la plateforme NetGalley de leur confiance.