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A.J. PEARCE, Chère Miss Bird.
352 pages.
Editions Belfond (5 avril 2018).

QUATRIEME DE COUVERTURE :

Dans la droite lignée du Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates, un premier roman plein de charme et d'humour british, véritable ode à l'amitié, à la générosité et au courage des femmes pendant la Seconde Guerre mondiale.

Londres, 1941. À vingt-quatre ans, Emmy n'a qu'un rêve : devenir reporter de guerre. Un rêve qui semble sur le point de se réaliser lorsque la jeune femme décroche un poste au London Evening Chronicles. Enfin, Emmy va pouvoir entrer dans le vif du sujet, partir sur le front, se faire un nom au fil de la plume ! Las, c'est un poste d'assistante à la rédaction du magazine féminin Women's Day qui lui est offert.

La mission d'Emmy : répondre aux courriers des lectrices adressés à Mrs Bird, la rédactrice en chef du journal. Mais attention, la terrifiante Mrs Bird est très stricte, et seules les demandes les plus vertueuses se verront offrir une réponse expéditive dans le poussiéreux journal. Un cas de conscience pour la jeune journaliste qui refuse de laisser ses concitoyennes en mal d'amour et de soutien amical, errer dans les limbes en raison du diktat imposé par une vieille conservatrice bon teint. Et Emmy a un plan pour outrepasser l'autorité de Mrs Bird...

Alors que la ville sombre peu à peu sous les bombes, Emmy va mettre sa carrière en jeu pour venir en aide aux femmes restées seules à l'arrière. L'heure de la résistance féminine a sonné !

MON AVIS :

Née dans le sud de l’Angleterre, titulaire d’un diplôme en histoire américaine, A.J. Pearce travaille dans le marketing. Elle cultive une passion pour la presse magazine depuis l’enfance et collectionne les revues publiées pendant la Seconde Guerre mondiale. C’est d’ailleurs en découvrant un exemplaire de Woman’s Own daté de 1939 que lui est venue l’idée de son premier roman, Chère Mrs Bird.

Dans la veine du Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates et de Petites recettes de bonheur pour les temps difficiles, les éditions Belfond nous régalent du premier roman de A.J. Pearce. Plein de légèreté, d'humour et de tendresse, c’est un roman qui fait vraiment du bien et rend un hommage vibrant à l’amitié, à la générosité et au courage des femmes pendant la Seconde Guerre mondiale.

Dans un style simple et accessible à tous les lecteurs, l’auteure nous livre la correspondance chaleureuse et optimiste d’Emmy Lake, qui en tant qu’assistante à la rédaction du magazine féminin Women’s Day, est chargée de répondre aux courriers des lectrices.

« Les gens parlaient sincèrement de leurs soucis, ce que je trouvais courageux de leur part. Mrs Bird n'était qu'une inconnue dans un magazine, et pourtant ils lui confiaient leurs secrets. »

Pas question pour autant d’accéder à toutes les demandes : seules les lettres les plus vertueuses se verront offrir une réponse expéditive dans les colonnes de ce magazine pour le moins conservateur. Très vite cependant, la jeune journaliste, n'écoutant que son cœur et son sens du devoir, décide répondre elle-même à toutes les questions intimes ou morales, qui ont été rejetées sans ménagement par sa rédactrice en chef. Une initiative audacieuse qui, on s’en doute, ne sera pas du tout du goût de la très autoritaire et très acariâtre Mrs Bird !

« Les journaux ne mentionnaient pas les situations dont parlaient les lectrices de Mrs Bird. Des femmes dont le quotidien avait été chamboulé par la guerre, qui se languissaient de leur mari, ou que la solitude avait poussées dans les bras de la mauvaise personne. Ou bien des femmes jeunes et naïves qui avaient perdu la tête pendant cette période difficile. Ces problèmes avaient toujours existé, seulement maintenant, au milieu du chaos, elles étaient supposées les surmonter seules. Qui les soutenait, elles ? […] Mrs Bird appartenait à une autre époque. Son point de vue était peut-être valable dans les années 1910, mais plus maintenant. Cette guerre n’était pas la sienne, c’était celle de tout le monde. La nôtre. Je voulais tenter ma chance. Je voulais rester à Woman’s Friend et aider les lectrices de mon mieux. Je ne savais pas comment j’allais m’y prendre, mais elles avaient besoin d’un coup de pouce. »

Véritable tour de force littéraire, Chère Mrs Bird mixe avec brio le style épistolaire à la fiction historique. À la fois grave mais aussi plein d’humour, c’est un roman épatant et enjoué que l’on regrette presque de terminer. Les personnages sont si attachants, si émouvants et la forme épistolaire si authentique et si sincère que l’on ne peut tout simplement pas s’empêcher de tourner les pages ! On se prend très facilement au jeu de ces courriers des lectrices et on se surprend à guetter quelles seront les répercussions des réponses d’Emmy ! Ses réflexions étonnantes et souvent décalées sont à mourir de rire mais ne vous y trompez pas pour autant, si certains passages sont hilarants d’autres, en revanche, sont vraiment bouleversants ! De confidences en confidences, Emmy va vite comprendre qu’à l’heure où l’Angleterre panse ses blessures de guerre, ses concitoyennes, restées à l’arrière, ont-elles aussi, besoin d’un soutien amical...

« Les journaux, la radio et même les magazines comme le nôtre regorgeaient d’appels au courage, à l’optimisme, à la force d’âme. Ils parlaient de batailles gagnées, d’avancées de troupes. Ils parlaient de garder le moral, de prendre soin de son foyer, de son apparence en attendant le retour des hommes, car c’était pour cela qu’ils se battaient. Il fallait être pomponnée, bien coiffée et ne pas se laisser aller pour montrer à Hitler qu’il ne réussirait pas à nous abattre. Et, en plus d’assurer sur le front domestique après six mois de bombardements, nous attendions de nos lectrices qu’elles gardent sous la main un joli corsage et le tout nouveau rouge à lèvres pour quand leurs hommes revenaient le temps d’une permission. Combien de fois leur disions-nous bravo ? Combien de fois complimentait-on les femmes pour le travail qu’elles accomplissaient ? Leur expliquait-on qu’elles n’avaient pas à tout porter sur leurs épaules ? Que c’était normal de se sentir un peu découragée ? »

Rempli de sentiments nobles, qu’il s’agisse d’amour, d’humour ou d’amitié, Chère Mrs Bird est un petit roman parfait pour se détendre et tout oublier ! Un « feel good book » délicieux, tendre et plein d’humanité, à lire et à offrir sans hésiter !

Je remercie les éditions Belfond de leur confiance.