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Mary Lynn BRACHT, Filles de la mer.
432 pages.
Editions Robert Laffont (1 février 2018).

QUATRIEME DE COUVERTURE :

Il est parfois plus difficile de respirer en dehors de l'eau que dans les profondeurs des vastes océans...

Sur l'île de Jeju, au sud de la Corée, Hana et sa petite sœur Emi appartiennent à la communauté haenyeo, au sein de laquelle ce sont les femmes qui font vivre leur famille en pêchant en apnée.
Un jour, alors qu'Hana est en mer, elle aperçoit un soldat japonais sur la plage qui se dirige vers Emi. Aux deux filles on a maintes fois répété de ne jamais se retrouver seules avec un soldat. Craignant pour sa sœur, Hana rejoint le rivage aussi vite qu'elle le peut et se laisse enlever à sa place. Elle devient alors, comme des milliers d'autres Coréennes, une femme de réconfort en Mandchourie.

Ainsi commence l'histoire de deux sœurs violemment séparées. Alternant entre le récit d'Hana en 1943 et celui d'Emi en 2011, Filles de la mer se lit au rythme des vagues et dévoile un pan sombre et bouleversant de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale en Asie. Au fil du récit, par la grâce de leurs liens indéfectibles, les deux héroïnes nous ramènent vers la lumière, où l'espoir triomphe des horreurs de la guerre.

« Un premier roman époustouflant. » Publishers Weekly

MON AVIS :

Américaine d'origine sud-coréenne, Mary Lynn Bracht vit aujourd'hui à Londres. Elle a passé son enfance et sa jeunesse au Texas, au sein d'une communauté de Sud-Coréennes, et a été influencée par les épreuves qu'ont endurées sa mère et des milliers d'autres femmes qui ont grandi en Corée après la guerre. Filles de la mer est son premier roman.

S’inspirant de faits réels, Mary Lynn Bracht a tissé l’histoire de deux sœurs violemment séparées. Dans cette histoire, à la fois déchirante et pleine d’espoir, elle dévoile un pan sombre et bouleversant de la Seconde Guerre mondiale en Asie et montre le courage, la ténacité mais aussi la cruauté des années pendant lesquelles la Corée a été colonisée par le Japon.

Depuis l’invasion de la Corée en 1931 jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale en 1945, un nombre incalculable de vies ont été détruites ou perdues. Des dizaines de milliers de femmes et de filles ont été arrachées à leurs familles et réduites à l’esclavage par l’armée japonaise. Beaucoup d’entre elles ont péri avant d’avoir eu la possibilité de rendre compte de ce qu’elles avaient enduré. Beaucoup sont mortes loin de chez elles, sans que leur famille n’ont jamais eu vent de leur histoire tragique.

Grâce à son roman, Mary Lynn Bracht rend un hommage vibrant à ces « femmes de réconfort » dont on estime qu’elles ont été jusqu’à 250.000 à avoir été kidnappées, piégées ou vendues comme esclaves sexuelles. Parce que la Corée était alors une société patriarcale dans laquelle la pureté sexuelle d’une femme était de la plus haute importance, beaucoup de ces survivantes se sont retrouvées stigmatisées, forcées de souffrir en silence, vivant dans des conditions de pauvreté abjectes. Quarante ans ont été nécessaires pour que la situation de ces femmes revienne au premier plan et que justice leur soit rendue.

« La honte : ce mot pèse sur l’esprit d’Emi. L’entendre prononcé tout haut lui est douloureux. La honte qu’elle ressent est enracinée en elle et n’a rien à voir avec le fait que sa sœur ait été victime de prostitution forcée. Cette honte est si profonde qu’elle fait désormais partie d’elle et ne pourra jamais s’effacer. Sa honte est son han. Honte d’avoir survécu à deux guerres alors que tant d’autres étaient morts et avaient souffert autour d’elle, honte de n’avoir jamais réclamé justice, honte de s’être accroché à une vie qui n’avait pourtant aucun sens à ses yeux. »

Hautement symbolique, l’histoire d’Hana et Emi témoigne de toutes les souffrances faites aux femmes en temps de guerre. Parce que la guerre est une chose terrible et injuste, il est de notre devoir d’informer les générations futures. Le roman de Mary Lynn Bracht fait partie de ces romans historiques essentiels, à valeur commémorative, qui dénoncent les atrocités commises afin que celles-ci ne se répètent plus.

Filles de la mer est un roman indispensable et bouleversant, qui met en lumière les souffrances de ces femmes trop longtemps ignorées et demeurées sans aucun soutien après avoir vécu l’indicible. Malgré l’horreur et la cruauté, c’est un roman percutant, impossible à lâcher, qui se lit la gorge nouée d'émotion et les yeux embués de larmes.

Je remercie les éditions Robert Laffont et la plateforme NetGalley de leur confiance.