KEANE, Mary Beth : La cuisinière
Mary Beth KEANE, La cuisinière.
400 pages.
Edtions Presses de la Cité (6 février 2014).
QUATRIEME DE COUVERTURE :
Immigrée irlandaise courageuse et obstinée arrivée seule à New York à la fin du XIXe siècle, Mary Mallon travaille comme lingère avant de se découvrir un talent caché pour la cuisine. Malheureusement, dans toutes les maisons bourgeoises où elle est employée, les gens contractent la typhoïde, et certains en meurent. Mary, de son côté, ne présente aucun symptôme de la maladie. Au contraire, sa robustesse est presque indécente. Des médecins finissent par s'intéresser à son cas, mais la cuisinière déteste qu'on l'observe comme une bête curieuse et refuse de coopérer. Pourquoi la traite-t-on comme une malade alors qu'elle est en parfaite santé ? Les autorités sanitaires, qui la considèrent comme dangereuse décident de l'envoyer en quarantaine sur une île au large de Manhattan. Commence alors pour Mary Mallon, femme indépendante, un combat à armes inégales pour sa liberté...
MON AVIS :
La cuisinière est le premier roman de Mary Beth Keane publié en France. Elle y retrace le bouleversant destin de Mary Mallon, surnommée en son temps "la femme la plus dangereuse d'Amérique". Dans ce roman captivant, à mi-chemin entre fiction historique et chronique judiciaire, l'auteur raconte le combat inégal d'une femme indépendante et insoumise pour sa liberté.
A la fin du XIXème siècle, l'irlandaise Mary Mallon immigre aux Etats-Unis. Tout d'abord employée comme blanchisseuse, elle est très vite remarquée pour ses dons de cuisinière, une activité qui deviendra pour elle une véritable passion. Mais alors qu'elle exerce ses talents au sein de plusieurs familles, des cas de typhoïdes se déclarent. Plusieurs personnes décèdent. La robustesse et la force physique de Mary finissent par alarmer les autorités sanitaires qui s'intéressent de plus en plus à elle. Le docteur Soper, chargé de l'enquête, ne tarde pas à soupçonner Mary d'être à la source des contaminations et de transmettre la maladie en manipulant la nourriture qu'elle cuisine. Lorsqu'elle refuse de se soumettre aux examens, Mary est alors envoyée de force sur L'île de North Brother où elle restera en quarantaine pendant plusieurs années. S'engage alors un combat pour sa liberté...
Si La cuisinière commence comme une simple chronique judiciaire, le roman prend très vite le ton de la tragédie. Mary Beth Keane signe le portrait captivant d'une femme indépendante et insoumise, justement ou injustement captive de la Santé Publique. Tout le problème est là. Peut-on parler d'erreur judiciaire ? Celle que l'on surnomme "Mary Typhoïde" est-elle vraiment coupable ? Pourra-t-elle respecter l'injonction prononcée par la cour au terme de son procès ? Pourra-t-elle jamais accepter de ne plus cuisiner pour les autres, elle qui n'a d'autre choix que de travailler de ses mains pour (sur)vivre ?
A travers l'histoire bouleversante de Mary Mallon, c'est le destin de toute la classe ouvrière dont il est question dans le roman de Mary Beth Keane. Grâce à un talent de conteuse hors pair, un style simple mais néanmoins percutant, l'auteure fait revivre les quartiers populaires de la ville de New York du début du XXème siècle. Insalubrité, surpeuplement, épidémies... On se rend compte à quel point il est difficile de survivre dans des conditions aussi précaires et sordides. Peu ou pas éduqués, employés dans des ateliers de misère où on les exploite, les ouvriers n'ont aucun espoir de s'extraire du quotidien crasseux auxquels ils sont destinés. Beaucoup d'entre eux, à l'exemple d'Alfred, le compagnon de Mary, sombrent alors dans l'alcoolisme ou cèdent aux sirènes de l'opium et de l'héroïne.
Dans son roman, Mary Beth Keane dresse un constat alarmant mais ô combien réaliste de la ville de New-York. D'un côté, elle donne à voir au lecteur des clichés peu flatteurs des bars, des usines, des logements insalubres et de l'autre, des belles demeures cossues et des premiers gratte-ciels qui sortent de terre. Assailli de bruits, d'odeurs, de couleurs, le lecteur est plongé dans l'ambiance bourdonnante et presque irréelle du New-York de l'époque. C'est saisissant de réalisme !
Mary Beth Keane a construit son roman comme le témoignage d'une époque. Mêlant intimement la fiction aux faits historiques (comme l'incendie, en 1911, de l'usine Triangle Shirtwaist, une des catastrophes industrielles les plus meurtrières de l'histoire de la ville dans laquelle périrent 146 ouvrières du textile), il est alors impossible au lecteur de distinguer quels sont les faits avérés de ceux qui servent l'intrigue poignante de La cuisinière. L'ensemble sonne si incroyablement juste et certaines scènes sont si dures qu'on comprend alors mieux pourquoi Mary est devenue cette femme froide, déterminée, au comportement si indomptable ! Et vous, qu'auriez-vous fait en son temps et à sa place ?
A propos de La cuisinière, l'écrivain Colum McCann déclare : "Mary Beth Keane est l'une de ces jeunes romancières talentueuses qui m'aident à croire, encore et toujours, au pouvoir de la littérature." Force est de constater que c'est totalement justifié.
Je remercie les éditions Presses de la Cité de leur confiance.
