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HISTOIRE DU SOIR
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8 février 2014

PEETZ, Monika : En route pour Compostelle

Monika Peetz_En route popur Compostelle

Monika PEETZ, En route pour Compostelle.
318 pages.
Editions Presses de la Cité (6 février 2014).

QUATRIEME DE COUVERTURE :

Depuis quinze ans, Caroline, Judith, Eva, Estelle et Kiki se réunissent une fois par mois au Jardin, un restaurant français de Cologne. Partageant leurs joies et leurs peines, ces cinq "dames du mardi" sont comme les doigts de la main. Aussi, quand Judith annonce qu'elle veut partir sur le chemin Saint-Jacques-de- Compostelle pour honorer la mémoire de son mari Arne, ses amies décident de l'accompagner. Les voilà donc prêtes pour l'aventure. Mais dès le début, de vives tensions apparaissent. Peu habituées à passer autant de temps ensemble, elles se découvrent sous un nouveau jour, lequel laisse entrevoir des secrets inavouables...

Entre bonheur et déconvenues, orages et promenades ensoleillées embaumant le thym et le romarin, un pèlerinage cocasse et haut en couleur qui changera à jamais la vie de ces cinq femmes.

MON AVIS :

Entre bonheur et déconvenues, orages et promenades ensoleillées embaumant le thym et le romarin, Monika Peetz signe un roman cocasse, tendre et émouvant sur le pèlerinage haut en couleur de cinq femmes issues d'horizons différents. Plus qu'un roman de vacances ou un banal titre de chick lit, En route pour Compostelle est un roman sur l'amitié et la solidarité féminine, qui se veut plus profond qu'il n'en a l'air.

C'est également un roman dans lequel il est question de découverte, de respect de soi et des autres. Parce que chacune de ces cinq femmes a quitté les siens, consenti à abandonner son rythme quotidien, son confort et ses habitudes, la vie prend une dimension nouvelle. Au fil des pas et des pages, chacun des pèlerins s'éveille, prend conscience que le temps compte différemment. Les rencontres sont riches et précieuses, tout comme les descriptions dont Monika Peetz émaille son récit. De Narbonne à Lourdes, le lecteur se perdra, entre autres, dans les massifs sauvages et arides de la clape, découvrira les trésors inestimables de la vieille ville de Narbonne et s'émerveillera de la beauté sereine de l'abbaye cistercienne de Fontfroide... En accompagnant ces cinq personnages dans leur pèlerinage, le lecteur lui-même s'évade, se ressource, retrouve un peu de sa sérénité. Mais en marge de ces passages apaisants, il y a aussi dans En route pour Compostelle une bonne dose d'humour et d'ironie. Aux paysages grandioses dont la beauté impressionne et coupe le souffle se succèdent des rencontres moins glorieuses et des itinéraires qui laissent le lecteur bouche bée...

"Le chemin de Lourdes réservait aux dames du mardi un emploi du temps sévère et un parcours peu touristique : il leur fallait emprunter un itinéraire de délestage très fréquenté. Derrière les bâtiments industriels, à leur gauche, il y avait l'A 61, une autoroute à quatre voies, qui reliait la Méditerranée à l'Atlantique. Quelle chaleur ! Quelle puanteur ! C'était le genre de route dont la vue vous coupait déjà bras et jambes et vous ôtait toutes vos forces."

"Les camions filaient en soulevant la poussière et leur crachaient au visage leurs gaz d'échappement. Le propriétaire d'un snack qui, pour une raison mystérieuse s'appelait le Barracuda et, selon l'ardoise proposait "Salades, Frites, Paninis et Grillades" les siffla d'un air salace. Des ouvriers d'une usine de voitures repoussèrent en arrière leur casquette de base-ball graisseuse pour mieux voir cette petite troupe inhabituelle. Ils hésitaient entre curiosité et moquerie amusée. Les regards trahissaient que, par là, on ne rencontrait pas souvent de randonneurs avec des sacs à dos auxquels pendillaient des coquilles Saint-Jacques. Sans doute pouvait-on concevoir, à la limite, qu'on se rende en pèlerinage à Graceland pour voir la dernière demeure d'Elvis. Quant à aller se recueillir sur la tombe d'un apôtre mort depuis deux mille ans ?"

Car le chemin de Saint-Jacques n'est pas seulement une marche idyllique dans des décors de cartes postales ! C'est une longue randonnée éprouvante qui fait ressortir le caractère de chacun ! On le verra, l'enthousiasme des débuts laissera vite place aux erreurs d'itinéraire, aux ampoules et aux pieds endoloris, à un hébergement rudimentaire dont l'inconfort exacerbent les tensions et entament l'esprit de camaraderie ! Toutefois, les frictions cèderont finalement la place à la cohésion du groupe, à l'entraide, à l'écoute et au respect de l'autre. A force de réflexion et d'introspection, nos cinq pèlerins finiront heureusement par retrouver l'harmonie.

L'ensemble sonne juste et donne un aperçu assez complet de ce que peut être un pèlerinage. Monika Peetz décrit sans aucun accent de propagande l'expérience spirituelle unique et l'aventure intérieure qu'il représente. Même si le questionnement religieux est inévitable et semble indissociable de ce genre de récit, le lecteur non-croyant sera rassuré de savoir qu'il s'agit davantage de rassemblement entre les êtres, de solidarité et d'entraide que de foi et/ou d'eucharistie à proprement parler. La description de la procession aux flambeaux de Lourdes illustre d'ailleurs fort bien le propos de l'auteure :

"Peu importait que les visions de Bernadette aient été authentiques. Peu importait ce que les magasins de souvenirs faisaient de Bernadette et de la Vierge dans le quartier saint. Ce que Caroline éprouvait ce soir-là sur la place avait sa propre authenticité. Ici, il ne s'agissait pas de dogmes incompréhensibles et de guérisons spectaculaires, mais de petits gestes humains. Accompagner un malade, pousser un fauteuil roulant, traîner un pousse-pousse, tenir une main. Ils étaient peut-être là les vrais miracles qu'on emportait avec soi."

Ces passages sont si riches d'émotion, si exaltants, qu'on pourrait presque avoir envie d'aller par les chemins de Saint-Jacques et faire sa propre expérience !

En conclusion, Monika Peetz signe un premier roman enthousiasmant, d'une profondeur insoupçonnée. Une jolie parenthèse à recommander à toutes celles et ceux qui auraient envie de dépaysement, d'évasion et de voyage intérieur.

Je remercie les éditions Presses de la Cité de leur confiance.

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Commentaires
H
Ah zut alors, ça me tente bien mais il n'est pas à la bibli !
C
Une chronique qui inspire une certaine quiétude. Un peu peut-être comme celle qu'on doit trouver au cours de ce voyage dans lequel nous entraînent ces femmes. Croyant ou pas, il y a des histoires qui sont avant tout des aventures humaines et qui rassemblent. C'est sans doute juste ça qui me donne envie de lire ce roman que tu nous fait découvrir Ingrid! Merci
C
Oh oui, un beau voyage intérieur! Cette chronique est vraiment agréable à lire et les passages donnent envie d'ouvrir le livre et de s'y plonger. Je te l'emprunterai sûrement!
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