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Anny DUPEREY, Les chats de hasard.
224 pages.
Editions Points (17 octobre 2003).

QUATRIEME DE COUVERTURE :

Titi a choisi de vivre avec moi. C'est un petit chat gris, à la tête ronde, au regard doré et au poil court et laineux. De la race des chartreux. Doux, intelligent, rassurant, Titi, en plus d'être beau, a toutes les qualités. Compagnon à l'affection sans faille, Titi m'aime telle que je suis. Avec lui, je m'abandonne, sans peur, ni jeu ni séduction. Il est le premier de mes chats de hasard. 

Célèbre comédienne, Anny Duperey est également une romancière à succès. Tous ses ouvrages sont publiés en Points : L'Admiroir (couronné par l'Académie française), Le Nez de Mazarin, Allons voir plus loin, veux-tu ?, Le Voile noir, Je vous écris..., Essences et parfums, Les Chats mots et Une soirée.

MON AVIS :

Après Le Voile noir, soulevé courageusement après trente ans de silence sur la mort de ses jeunes parents, Anny Duperey poursuit l'introspection. Sous la forme cette fois d'un autoportrait au chat. Plus question de trauma ni de souffrance, c'est « un livre doux » que l'actrice a eu envie d'écrire. Elle le dédie à Missoui, la plus intelligente de ses chattes. C'est un hommage, en somme, qu'elle rend à ces êtres qui nous apportent paix et simplicité. 

Moi qui ne lis presque jamais d'ouvrage autobiographique, j’ai été transportée par les mots, simples et touchants d’Anny Duperey, ainsi que par la qualité du texte et sa portée philosophique. L'auteure et comédienne y raconte l’histoire des chats qui ont traversé sa vie. Chaque nouvelle rencontre avec ces félins qu’elle aime depuis l’enfance la conduira à raconter son métier sur les planches et au cinéma, les hommes qui ont partagé sa vie, son rapport à la maternité, à l’amitié, au deuil.

Les Chats de hasard sont un hymne à la terre, au ciel, à la vie ! Le roman explore les rapports que nous connaissons avec certaines bêtes. Pourquoi avons-nous une telle faim de leur tendresse, de leurs qualités particulières ? Un univers sensuel et drôle, terre à terre et philosophique, doux et apaisant surtout, comme une sorte d’hommage à ces animaux particuliers, ces « personnes animales » comme elle les nomme, qui accompagnent un temps de notre existence en y apportant paix et simplicité.

Après ma lecture, j’ai lu beaucoup d’avis de lecteurs qui disaient qu’il fallait avoir en soi l’amour des chats pour pouvoir comprendre le rapport fusionnel qui s’établit entre un chat et son maître. Je ne suis pas tout à fait d’accord dans le sens où Anny Duperey décrit très bien le « mystère » du chat qui choisit lui-même de s’attacher à telle ou telle personne. Elle choisit si bien ses mots pour décrire l’osmose, la bulle de confort que peuvent se partager un humain et un chat qu’on se fait facilement une idée précise de ce rapport hautement affectif et fait d’indépendance. En tout cas, moi qui n’ai jamais vécu entourée de chats et qui ne possède aucun de leurs codes ou de leur mode de communication, j’ai été sensible à ce qu’Anny Duperey racontait, à chacune de ses histoires d’amour avec ces chats que le hasard a placés sur sa route.

J’ai trouvé son texte admirable dans le sens où il est simple et dépouillé de toute fioriture. Anny Duperey s’y présente telle qu’elle est, c’est-à-dire très humble. Car il en faut de l’humilité et de la sensibilité pour raconter et décrire avec autant de candeur des sentiments qui peuvent si facilement prêter à la moquerie ! Anny Duperey parle à ses chats, elle miaule, leur offre pleinement son amitié, son affection et en retour obtient la leur. Elle garde dans son cœur la joie et l’amour que ses petits compagnons lui ont apporté et elle ose le clamer haut et fort, sans faire d’anthropomorphisme ni paraître ridicule.

Si j’ai été aussi sensible à son récit, c’est parce qu’il va bien au-delà de l’éloge animal. C’est un roman initiatique à la fois pour l’auteure, qui y aborde plusieurs questions existentielles (elle aborde bien sûr le deuil mais aussi beaucoup d’autres thématiques) mais aussi pour le lecteur, qui ne peut que réagir aux propos d’Anny Duperey et réfléchir à sa propre existence. En plus d’accompagner l’auteure dans sa catharsis, dans son lent cheminement vers la sérénité et l’acceptation du drame qu’elle a vécu dans son enfance, on accède soi-même à une forme de paix intérieure, de sagesse peut-être... J’aime cette sorte de parenthèse enchantée, qui m’invite à prendre mon temps, à m’arrêter et à me retirer du tumulte du monde pour me retourner et voir l’enfant que j’ai été et le chemin que j’ai parcouru… Le ton est extrêmement juste, c’est sensible sans pour autant verser dans la sensiblerie plonger dans des abysses intellectuels.

En bref, pour moi, ce roman est un « sans faute », il est juste parfait ! Il fourmille d’anecdotes, il est plein d’enfants et de chats, il est plein d’oiseaux, d’arbres, de fleurs... La campagne y éclate à chaque coin de page et c’est une véritable bouffée d’oxygène que j’ai respirée à plein poumons, à un moment où j’en avais vraiment besoin. C’est profond, émouvant, c’est écrit, on le sent, par une femme de grand talent. C’est un livre que je recommande absolument !