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Daniel CARIO, Trois femmes en noir.
384 pages.
Editions Pocket (15 mars 2018).

QUATRIEME DE COUVERTURE :

Dans les années 1990, Port-Louis est le lieu de vie, de bonheur et de souffrance des femmes guettant le retour des marins. La découverte, un matin de printemps, du cadavre d'Eugénie à quelques mètres de la jetée plonge la petite communauté dans un climat lourd de suspicion...

A Port-Louis, près de Lorient, la vie suit son cours entre rythme des marées et horizon du grand large. Mais ce matin-là, deux vieilles pêcheuses de palourdes, Guite et Fanch, découvrent sur une petite plage le cadavre d'Eugénie, « brave fille un peu bizarre ». Des indices sur le lieu du crime orientent l'enquête vers trois marins, estimés et respectés. Parti en mer, leur chalutier ne répond pas aux appels radio et tarde à revenir. Au cœur de la tourmente, trois femmes guettent fébrilement le retour des marins, l'une, son mari, la seconde, son frère, la troisième, son fils.

L'un d'eux serait-il l'assassin d'Eugénie ?

MON AVIS :

Ancien professeur de lettres à Lorient, Daniel Cario est l'auteur d'une trilogie romanesque nourrie de culture traditionnelle. Très présent dans les salons et dans les médiathèques, il a signé plusieurs titres aux Presses de la Cité dont Les bâtards du diable en 2018, un roman choc, ultra-noir et terriblement prenant sur les thèmes de la vengeance, de la démence et du secret. 

Ici, l’auteur a situé son intrigue dans une époque récente, ce qui est plutôt inhabituel pour les romans de la collection Terres de France, qui ont plutôt coutume de mettre l’accent sur la culture et l’histoire de nos régions et de guider le lecteur sur des chemins romanesques. Daniel Cario prouve donc avec Trois femmes en noir qu’il n’est pas forcément utile de fouiller les méandres du passé pour évoquer les ambiances d’un lieu, le contexte du récit. De nos jours, on trouve toujours ces personnages de commères et ces colporteurs de ragots malveillants.

Au-delà du roman policier et de son intrigue criminelle, le roman de Daniel Cario se double d’une sorte de chronique d’une petite ville côtière bretonne. C’est un roman très réussi, qui tient le lecteur en haleine de la première à la dernière page. Au-delà de l’élucidation du meurtre d’Eugénie, au-delà du plaisir de l’enquête à résoudre, c’est surtout la vie au sein de la communauté portuaire qui captive, ce monde des pêcheuses de palourdes, ces femmes de marins au caractère bien trempé qui s’occupent de leurs familles et qui font tourner la maison quand les hommes sont en mer.

C’est en quelque sorte un roman sociétal (ou étude de mœurs, c’est comme on veut) et c’est cet aspect qui est plus intéressant. L’enquête se déroule dans une ambiance délétère, qui confine parfois au sordide, et l’auteur y donne à voir un microcosme très particulier, au sein duquel la rumeur peut être dévastatrice. Dans cet univers qui n’aurait pas déplu à Simenon, ces trois femmes en noir qui, toutes, ont un lien avec les assassins présumés d’Eugénie, vont devoir se liguer, affronter les ragots et devenir en quelque sorte des enquêtrices pour faire taire les commérages qui salissent la réputation de leurs hommes. Leur combat contre l’adversité suscite automatiquement la sympathie, tout comme on ressent tendresse et empathie envers Chim, ce simplet frappé de plein fouet par les soupçons, alors qu’il pleure la disparition de sa seule et unique amie…

Grâce à son enquête prenante et au caractère puissant de ses personnages, Trois femmes en noir est un roman noir et habile, qu’on ne lâche pas une fois commencé.  Huis-clos étouffant au sein d’une communauté maritime pas toujours chaleureuse ni bienveillante, ce roman se réclame également d’un bel hommage à la fierté et à la dignité des femmes de marins et de pêcheurs. Une excellente lecture !