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Emmanuel PROST, L'antichambre du bon dieu.
320 pages.
Editions Presses de la Cité (4 octobre 2018).

QUATRIEME DE COUVERTURE :

Patou ne parle pas et ne s'exprime qu'à travers le rire. Il grandit auprès de sa grand-mère et de son père, un gueux habitant dans les misérables baraquements d'un marais où il cultive des endives dans leur village d'Oignies.

Patou tue le temps en compagnie de son cheval Chico, un cabossé de la vie comme lui, quand surgit Isabelle, fille d'un instituteur des Flandres venu alphabétiser les ouvriers des mines. Depuis peu, grâce au charbon, le Pas-de-Calais est un bassin minier d'envergure. Patou et Isabelle se lient d'amitié. Mais l'amour qu'Isabelle aura pour un ingénieur de la compagnie des mines les éloignera un temps.

Patou se retrouve seul avec son cheval pour l'accompagner dans ses jeux bucoliques. Aussi, quand, le jour de ses vingt ans, son père vend Chico à un homme de la compagnie minière, c'est pour Patou une trahison et un déchirement.

Il n'a plus qu'une idée en tête : le retrouver. Ainsi commence pour Patou une descente au fond des mines et dans les enfers...

MON AVIS :

Passionné de littérature et de cinéma, Emmanuel Prost a rapidement été attiré par la volonté d'écrire : il s'essaye d'abord aux nouvelles avec Concerto sur le Sornin, puis il vient au roman. Tout d’abord publié aux éditions De Borée avec La descente des anges (2014), Les enfants de Gayant (2015) puis Un été 48 (2016), il continue aujourd’hui à rendre hommage à l’ex-bassin minier artésien. Publié aux éditions Presses de la Cité, son dernier roman, L’antichambre du bon dieu, est un hommage tendre, émouvant et sincère à l’histoire de sa région d’adoption et à sa population.

Avec ce quatrième roman, Emmanuel Prost signe une histoire poignante, à l’époque où le Pas-de-Calais devient le bassin minier. Il entraîne le lecteur sur les pas de Patou, un simple d’esprit, dont le cheval Chico est l’unique compagnon de jeu. Considéré comme un indésirable, Patou, dont le rire n’attire que les railleries, l’incompréhension et la haine de ses semblables, trouve refuge entre les champs d’endives de son père et les marais environnants aux légendes endormies…

Mais à l’époque où les campagnes sont peu à peu grignotées par les cités minières, des ouvriers arrivent de toute la région pour travailler dans les mines et laisser un avenir meilleur à leurs descendants. Patou fait alors la connaissance de la jolie et intrépide Isabelle, la fille d’un instituteur venu des Flandres pour alphabétiser les mineurs. Ainsi commence l’histoire d’amitié inattendue mais sincère entre Isabelle et Patou. Des rires en guise de mots, des sentiments purs, toujours flanqués de Chico, ils couleront ensemble des jours de bonheur et de complicité enfantine avant que Patou ne plonge inexorablement dans l’enfer de la mine, de la sueur et des Gueules Noires…

Si l’histoire de l’attendrissant Patou est avant tout une quête d’amour, un appel au respect, à la dignité et au droit à la différence, pour le fondu d’histoire locale qu’est Emmanuel Prost, c’est aussi l’occasion de se replonger dans les traditions et le savoir-faire d’une région qui l’a adopté et qu’il a appris à connaître. L’antichambre du bon dieu est un roman de terroir qui se réclame tout autant du document historique que de la chronique villageoise. Grâce à une documentation précise et rigoureuse, l’auteur fait revivre tout un pan de l’histoire du Nord de la France, à une époque cruciale où l’explosion des grandes fortunes et l’industrialisation provoquent inquiétudes, doutes, grèves et colères chez les mineurs. On y retrouve un univers proche de celui de Germinal, une peinture sociale très fidèle de ce que pouvait être le quotidien, le rude labeur et la souffrance des mineurs.

Organisant son récit comme un roman à suspense, Emmanuel Prost signe avec L’antichambre du bon dieu un vibrant plaidoyer en faveur des déshérités et des exploités. C’est passionnant de bout en bout !

Je remercie les éditions Presses de la Cité et la plateforme NetGalley de leur confiance.