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Ariane BOIS, Le gardien de nos frères.
368 pages.
Editions Charleston (29 mai 2018).

QUATRIEME DE COUVERTURE :

Entre 1939 et 1967, de Paris à Toulouse et de New York à Tel Aviv, l'extraordinaire destin de deux êtres fracassés par la guerre.

Rien ne prédestinait Simon et Léna à se rencontrer. Lui appartient à la bourgeoisie juive parisienne, patriote, laïque et assimilée ; il a été maquisard et blessé au combat. Elle est issue d'un milieu de petits commerçants polonais et a réussi à survivre au Ghetto de Varsovie.

En 1945, la guerre leur a tout pris. Chacun de leur côté, ils vont accepter une mission très particulière : rechercher des enfants juifs cachés par leurs parents dans des familles, des orphelinats ou des couvents, quand il s'avère que ceux-ci ne rentreront pas des camps. Simon parce que son petit frère Elie a disparu dans des conditions mystérieuses ; Léna car elle espère ainsi redonner du sens à sa vie. Et cela va les entraîner bien au-delà de ce qu'ils auraient pu imaginer.

C'est l'histoire de deux jeunes révoltés qui, dans une France exsangue, vont se reconstruire grâce à la force de l'amour. De Paris à Toulouse, d'Israël à New-York, un roman d'aventure porté par le souffle de l'Histoire.

MON AVIS :

Grand reporter et critique littéraire, Ariane Bois a déjà publié plusieurs romans, Et le jour pour eux sera comme la nuit (Ramsay, 2009 ; J'ai lu, 2010), Le Monde d'Hannah (Robert Laffont, 2011 ; J'ai Lu 2014), et Sans oublier (Belfond, 2014 ; J'ai Lu, 2016, prix Charles-Exbrayat). Tous trois ont été salués unanimement par la critique, par quatre prix littéraires, et traduits à l'étranger. Le gardien de nos frères a reçu le Prix de la ville de Mazamet et le Prix de la ville de Vabre. Il est aussi lauréat du Prix Wizo, prix le plus prestigieux récompensant chaque année une œuvre littéraire française d'intérêt juif.

De l’horreur de la Shoah et des camps de la mort, je pensais que tout avait été dit et pourtant le roman d’Ariane Bois offre un point de vue nouveau sur cette période de l’Histoire. Avec une rare intensité, elle revient sur les rafles et les arrestations, évoque Drancy, le Vel d’Hiv’, les trains pour l’est, mais aussi l’horreur de la déportation, de la captivité et le retour en France, la vie d’après, la douleur et la colère et l’impossibilité de revivre après avoir tant perdu… C’est poignant !

Elle raconte surtout l’action des dépisteurs de l’Œuvre de Secours aux Enfants (OSE) qui, dans l’immédiat après-guerre, ont cherché à récupérer les orphelins de la Shoah qui avaient été cachés pour échapper aux Nazis. Ariane Bois, dont le récit est minutieusement documenté, insiste bien sur la situation des enfants qui avaient été cachés par leurs parents avant leur déportation. Remis à des voisins, confiés à des nourrices ou à des couvents, ces enfants, souvent jeunes, finissent déjudaïsés, adoptés et font l’objet du prosélytisme des institutions catholiques qui, bien souvent, refusent de les rendre à leur famille. Retrouver ces enfants devient donc un objectif prioritaire, un devoir moral, au fur et à mesure que les œuvres juives prennent conscience de l'ampleur de la catastrophe et qu’il apparaît évident que les parents ne rentreront pas de déportation.

Il faut bien se rendre compte que la revendication du retour de ces enfants au sein du judaïsme pose, en cet immédiat après-guerre, un problème à la fois politique, social et religieux. Elle est notamment incomprise des autorités de tutelle et de l’opinion, prompts à juger que les Juifs font du racisme à l’envers tant leur attitude semble aller à l’encontre des pratiques républicaines de laïcité… C’est tout bonnement incompréhensible et révoltant, quand on pense que ce sont des enfants, des orphelins qui plus est, qui sont au cœur de ces batailles juridiques ! Qui aura mission de s’occuper d’eux, à qui confier ces enfants qui ont tout perdu ? À des familles d’accueil ? Les garder en collectivité ? Et dans ce cas précis, qui en assumera le financement ? Ariane Bois explique très bien ces questions dans son récit. Elle montre bien à quel point quitter leur famille d’adoption constitue un drame de plus pour ces enfants cachés à qui d’ailleurs on ne demande pas l’avis ! Les déchirements sont d’autant plus douloureux qu bien souvent les différentes parties se disputent…

Le contexte historique et social est si fidèlement restitué que le roman prend presque des allures de véritable document. Cela ne nuit en rien au déroulement de l’intrigue, tant Ariane Bois a réussi à créer des personnages dont la psychologie ne s’efface pas au profit des nombreuses données historiques dont elle nourrit son récit. On ressent parfaitement la douleur et la détresse de certains enfants, la difficulté et la colère de certains membres survivants pour les localiser et les récupérer après parfois plusieurs années de recherche puis de tractation. C’est effrayant, saisissant même, de réalisme ! On garde à l’esprit que trop d’enfants ont été l’objet de litiges, ballottés au gré des procédures et l’on s’étonne encore des ruptures qu’il leur a fallu encore endurer une fois la guerre finie !

Le gardien de nos frères prend pour toile de fond un épisode mal connu de l’histoires des Juifs de France. Ariane Bois éclaire l’une des conséquences singulières du vécu des enfants ayant échappé à la mort dans la Shoah et signe un roman poignant à lire absolument !

Je remercie les éditions Charleston de leur confiance.