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Katherine SCHOLES, Leopard Hall.
640 pages.
Editions Belfond (20 avril 2017).

QUATRIEME DE COUVERTURE :

Anna Emerson s'apprête à quitter Melbourne pour retourner sur sa terre natale, au Congo : son père, Karl, qu'elle n'a pas vu depuis son enfance, est mourant.

Au lendemain de sa mort, Anna apprend que sa mère lui a menti et que Karl n'est pas son père biologique. Accompagnée d'Eliza, une mystérieuse photographe américaine, elle se lance alors sur les pistes, en quête d'indices sur son passé.

De Leopard Hall, un palace colonial rempli d'œuvres d'art pillées aux Africains, sur les bords du lac Tanganyika, à un hôpital de mission dans la jungle, Anna finira-t-elle par trouver les réponses qu'elle cherche ? Et si c'était à Leopard Hall, ce lieu auquel elle tente d'échapper, que le destin lui avait donné rendez-vous ?

MON AVIS :

De nationalité anglaise et australienne, Katherine Scholes est née en Tanzanie et vit désormais en Tasmanie. Après, entre autres, La Reine des pluies (2005 ; Pocket, 2004), Les Amants de la terre sauvage (2010 ; Pocket, 2011) et Les Fleurs sauvages des bougainvilliers (2015 ; Pocket, 2017), Leopard Hall est son septième roman paru chez Belfond. Tous sont repris chez Pocket.

Katherine Scholes signe ici un roman envoûtant, le magnifique portrait d'une jeune femme à la recherche de ses racines, doublé d'une fresque hallucinante sur l'histoire du Congo des années 1960.

Dur et bouleversant, le roman revient sur les heures les plus sombres de l’indépendance du Congo et sur les révoltes qui ont secoué le tout jeune pays après le départ des Belges, en 1960. Assassinat de Patrice Lumumba, rébellion des Simbas, capture et massacre de civils et de missionnaires, certains de ces épisodes horribles qui appartiennent désormais à l’Histoire, sont parfois décrits de manière assez insoutenable. Loin de verser dans le sensationnel, l’intention de l’auteure est davantage de montrer à quel point la situation politique du Congo était alors instable.

En effet, Katherine Scholes montre bien que les rébellions locales et les tensions tribales étaient accentuées par la rivalité américano-soviétique pour le contrôle de la région et de ses ressources naturelles. Même si l’opération Fleur de nuit, dont il est question dans son récit, n’a pas réellement eu lieu, elle est en partie calquée sur des missions menées par des groupes de mercenaires actifs au Congo dans les années 1960. On pense notamment à Bob Denard et ses mercenaires ainsi qu’à l’opération Dragon rouge organisée en novembre 1964 par la Belgique pour venir en aide aux otages occidentaux qui étaient détenus par les rebelles. Tout cela laisse donc penser que l’auteure s’est solidement et minutieusement documentée, dans un souci de rester fidèle à la vérité historique et politique de l’époque. Si Leopard Hall est une œuvre de fiction, elle s’inspire néanmoins de faits authentiques et le roman de Katherine Scholes restitue parfaitement le vent de terreur qui soufflait alors sur le Congo.

Bien plus profond que les simples retrouvailles d’un père et de sa fille, Leopard Hall exhume un conflit oublié de tous et rappelle qu’aujourd’hui encore, le Congo n’est toujours pas en paix. Alors que les rébellions se multiplient au Congo, le lecteur ne peut qu’être frappé par la similitude entre les deux époques. La corruption régnait déjà. Les fonctionnaires étaient déjà impayés, de nombreux Congolais s’engageaient déjà dans l’armée pour échapper au chômage et pouvoir se servir grâce à leur arme, tandis que d’autres fournissaient de la chair à canon aux rébellions. Déjà l’armée pillait et violait jusqu’aux petites filles. Déjà les politiques multipliaient les scissions et les exclusions au gré de leurs ambitions personnelles…

La question congolaise, on le voit, est donc toujours d’actualité et le climat politique au Congo toujours aussi précaire. Mais s’il n’y pas de remède contre le poison de la guerre, comme le déclare Katherine Scholes, qui donc bâtira ce Congo « plus beau qu’avant » tel qu’il est célébré dans l’hymne national ?

Leopard Hall est un roman de fiction historique qui offre une tout autre image que celle, romantique, exotique et très fantasmée, que nous nous faisons tous de l’Afrique. En ce sens, c’est une lecture intelligente et nécessaire qui rétablit crûment la vérité et rappelle que le Congo a connu l’un des régimes coloniaux les plus atroces qui soient.

Je remercie les éditions Belfond de leur confiance.