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Vanessa LAFAYE, Les brumes de Key West.
409 pages.
Editions Belfond (19 avril 2018).

QUATRIEME DE COUVERTURE :

1993. En plein jour, dans une rue bondée de Floride, une femme de quatre-vingt-seize ans abat froidement un membre du Ku Klux Klan.

1919. Bannie par les siens, Alicia Cortez, vingt-deux ans, quitte La Havane pour rejoindre l'Amérique et sa cousine Beatriz, tenancière du Pearl's, l'une des maisons closes les plus fréquentées de Key West.

Avec son charme exotique, la belle Cubaine trouve rapidement sa place dans cet univers sensuel et secret. Aidée de John, vétéran tourmenté et propriétaire d'un bar voisin, Alicia va jusqu'à organiser la contrebande d'alcool, pour contrer les lois de la prohibition. Et leur amitié laisse bientôt place à une profonde attirance.

Mais la menace du Klan gronde dans l'archipel... Et le rapprochement entre une métisse à la réputation sulfureuse et un héros de guerre blanc ne passe pas inaperçu. Et ne saurait être toléré.

Dans les brumes de Key West, un drame se prépare...

MON AVIS :

Née en Floride, Vanessa Lafaye a commencé sa carrière dans l’édition d’ouvrages académiques à Oxford, avant de se consacrer à l’écriture et au chant. Après Dans la chaleur de l’été (2016, Belfond ; 2017, Pocket), Les brumes de Key West est son second roman publié chez Belfond. Vanessa Lafaye a disparu en février 2018.

Puisant dans l’histoire mouvementée du sud des États-Unis, elle livre, avec finesse et élégance, le récit d’une passion interdite, sur fond de ségrégation, de fanatisme et de violence.

Cette histoire d’amour mixte à l’époque des lois ségrégationnistes s’inspire d’un fait réel, celui du meurtre non résolu d’un vétéran médaillé de la Première Guerre mondiale au tout début des années 1920 à Key West. Le scandale de cette relation illégale a été transformée en tragédie par l’arrivée à Key West du Ku Klux Klan, chargé de sauver le pays pour les « vrais Américains ».

La façon dont Vanessa Lafaye raconte le règne du Klan des Keys est particulièrement intéressant. À travers plusieurs épisodes, dont celui particulièrement marquant de la cérémonie d’initiation, elle évoque un curieux mélange de bouffonnerie et d’efficacité criminelle caractéristique des activités du Klan. Sous les costumes et les rituels, il y avait bel et bien une organisation ainsi qu’un système de pensée arriéré qui faisaient régner la terreur et commettait les pires atrocités en toute impunité.

On peut, assez tristement d’ailleurs, remarquer à quel point cette rhétorique de la suprématie raciale des Blancs trouve encore une résonance à notre époque. Lee techniques de recrutement du KKK, telles que l’auteure les décrit dans son roman, présentent des analogies certaines avec ce que l’on connaît et que l’on nomme aujourd’hui sous le terme de radicalisation. Le Klan ciblait les gens en colère, les laissés-pour-compte, ceux à qui manquait le sentiment d’appartenance à un groupe et qui ressentaient le besoin de faire partie de quelque chose de plus grand qu’eux. En exploitant leur désillusion, il les incitait à commettre les pires exactions. C’est sidérant !

« Il savait ce que représentait le Klan, ce dont Pa était capable après avoir vécu tant d’années avec lui et pourtant il avait volontairement choisi l’aveuglement. Tout comme un enfant qui se cache les yeux derrière les mains. Tous ces signes et ces rituels qu’il avait pris pour de la virilité n’étaient qu’un moyen pour les chefs, Pa et les autres, d’exercer leur pouvoir sur les faibles et les naïfs… sur des gens comme lui. Il l’avait toujours su. »

À travers cette tragédie, Vanessa Lafaye raconte surtout l’histoire magnifique et éternelle de deux êtres qui ont simplement voulu vivre ensemble et en ont été empêchés à cause du sectarisme et de la haine. Leur drame révèle autant de choses sur la nature de l’amour que sur leur époque. La tension, croissante, et la façon dont l’auteure dépeint l’enchaînement inéluctable des faits est tout simplement passionnante !

Les brumes de Key West fait partie de ces romans bouleversants, qui laissent une empreinte indélébile sur ses lecteurs. Suspendu aux mots de l’auteure, on ne peut que s’émouvoir de l’histoire magnifique d’Alicia et John, ressentir leur courage et leur détermination à combattre les préjugés pour vivre leur amour au grand jour et affirmer leur liberté. Mais au-delà de son intrigue tendue et passionnante, Vanessa Lafaye signe surtout un roman politique remarquable, intelligent et engagé, dont la lecture est plus que jamais nécessaire pour qui s’intéresse à la question raciale, à la haine et au racisme ordinaire.

Je remercie les éditions Belfond de leur confiance.