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Charles BEAUMONT, Un intrus.
448 pages.
Editions Belfond (15 février 2018).

QUATRIEME DE COUVERTURE :

Parue en 1959 aux États-Unis et en 1960 en France, adaptée au cinéma par Roger Corman, une analyse aussi virtuose que glaçante de la montée du populisme pour un Vintage noir choc, qui n'a malheureusement pas perdu une once de son actualité.

La petite ville sudiste de Caxton est déboussolée : l'arrêt de la Cour suprême vient de tomber ; désormais, les écoles publiques sont ouvertes aux enfants noirs. On s'étonne, on s'agace, et puis finalement on laisse faire.

Jusqu'à l'arrivée d'un intrus.

L'inconnu s'installe, intrigue, séduit, et petit à petit distille le poison : des Noirs ? Avec vos enfants chéris ? Vous n'y pensez pas !

Alors on s'invective, on rugit, on brandit le poing. Et puis montent la fureur, la haine, le sang...

MON AVIS :

Adulé par Ray Bradbury, Harlan Ellison ou Roger Corman, Charles Beaumont est un écrivain au parcours foisonnant et original. Né Charles Leroy Nutt à Chicago en 1929, Beaumont abandonne très vite le lycée et multiplie les petits jobs avant de se consacrer à l'écriture. C'est en 1950 qu'il vend l'une de ses histoires au magazine Amazing stories, une étape décisive sur la route du succès. En 1954, son récit Black Country est la première œuvre de fiction à paraître dans le journal Playboy. Beaumont collabore fréquemment avec le magazine et publie de nombreuses nouvelles dans différents périodiques grand public comme Esquire, ou dans des publications de science-fiction et de fantasy. L'univers télévisuel est son second domaine de prédilection, il est notamment scénariste pour la série The Twilight Zone, La Quatrième dimension, et collabore activement avec Roger Corman pour lequel il écrit les scénarios de L'Enterré vivant, La Malédiction d'Arkham, Le Masque et la mort rouge... Atteint du syndrome de Werner, maladie caractérisée par un vieillissement précoce, Charles Beaumont meurt très jeune, à 38 ans, en Californie.

Avec Un intrus, Charles Beaumont signe un roman politique remarquable, dont le sujet n’a malheureusement rien perdu de son actualité. Plus de cinquante ans après son écriture, les problématiques que soulève ce roman trouvent toujours une résonance, ce qui rend cette réédition encore plus pertinente.

Véritable plaidoyer en faveur de la déségrégation, le roman de Charles Beaumont reste un incontournable qu’il faut avoir lu au moins une fois dans sa vie. Contrairement à bon nombre de romans engagés, il évite l’écueil du sermon et laisse le lecteur faire seul l’analyse glaçante d’une époque conflictuelle et démonter un système de pensée arriéré qui a donné lieu aux pires atrocités. 

« Une autre pensée lui vient. Une pensée très vague, dont elle n’a pas entièrement conscience mais qui lui vient quand même. Au fond, qu’est-ce qu’un nègre ? Sont-ils ce que raconte Gramp, ce qu’il rabâche depuis des années, des êtres noirs, stupides et puants, qui errent la nuit dans les buissons, des rasoirs luisant dans leur main noire, prêts à tuer et voler les hommes blancs ou à violer les filles blanches qui passent ? Est-ce vraiment là ce qu’ils sont ? Et, s’il en est ainsi, pourquoi Papa veut-il les aider ? »

La leçon antiségrégationniste est tirée assez habilement et apprise en douceur. C'est une très belle leçon sur la tolérance et le respect que Charles Beaumont a à cœur de transmettre !

Au-delà de son intrigue tendue et bouleversante, Un intrus est un roman intelligent et engagé dont la lecture est plus que jamais nécessaire pour qui s’intéresse à la question raciale, à la haine et au racisme ordinaire.

Je remercie les éditions Belfond de leur confiance.