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Raphaël DELPARD, La cavalcade des enfants rois.
336 pages.
Editions Presses de la Cité.

QUATRIEME DE COUVERTURE :

En 1941, dans la Sarthe, trois jeunes enfants, que la vie n'a pas épargnés, s'engagent dans un réseau de résistance, effectuant des missions essentielles de communication et d'information. Ces actes sont aussi, pour chacun d'eux, une quête éperdue d'amour et de reconnaissance.

Nez au vent, foulée légère, pour la toute première fois Julien goûte à la liberté. Il fuit sa vie ballottée d'une famille d'accueil à l'autre. Mais, vite repris par les gendarmes, l'orphelin est mené dans un centre d'éducation pour jeunes délinquants et vagabonds. Il trouve réconfort auprès de Tristan, un peu plus âgé et plus mûr, dont les parents, juifs, ont été déportés. Un jour, ils parviennent à s'enfuir, direction la Sarthe, que Julien connaît bien pour y avoir grandi. Là, leur destin sera lié à celui de la petite Marie, placée chez des fermiers qui la maltraitent.

Ces trois compagnons, que la vie n'a pas épargnés, vont alors s'enrôler dans un réseau de résistance...

Quel sera le prix de leur engagement ? Sacrifieront-ils leur enfance, leurs rêves au nom de leur combat ?

MON AVIS :

Homme aux multiples talents, Raphaël Delpard se destinait au théâtre – où il a travaillé avec Jean-Louis Barrault et Jean Anouilh. Il a ensuite collaboré avec de grands noms du cinéma en tant que scénariste. Il a également écrit beaucoup de livres-documents sur l'Occupation, la guerre d'Indochine et la guerre d'Algérie. Romancier, il publié notamment Les Enfants cachés, L'Enfant sans étoile et Le Courage de Louise.

Dans La cavalcade des enfants rois, l’auteur revient sur le sort réservé aux enfants vagabonds durant la Seconde Guerre mondiale. À travers l’histoire poignante de Julien, Tristan et Marie, Raphaël Delpard dépeint sans concession l’horreur vécue par les orphelins vivant dans des « maisons d’éducation surveillée ». Entre les brimades, les punitions et les abus de toutes sortes, les descriptions que donne l’auteur font froid dans le dos.

« Habitué depuis son enfance à l’affrontement avec les autres, il avait fini par comprendre qu’il devait surtout ne jamais faire étalage de ses sentiments. Mentir si sa sécurité en dépendant. Attitude qu’il condamnait, mais la compréhension qu’il avait acquise du monde, et de la maison d’éducation surveillée, lui commandait d’adopter une telle conduite. Etre sur ses gardes, déceler le piège caché sous les sourires ou la louable intention… »

Dans ce sinistre microcosme où la règle d’or est de se faire respecter et de montrer aux autres pensionnaires que l’on est un homme, on comprend que la moindre peccadille ne peut rester dans réponse. Les haines sont tenaces, tout autant que les jalousies. Pour échapper à un quotidien effroyable fait d’humiliations, de privations et de maltraitance, Julien et Tristan, dont les parents juifs ont été raflés puis déportés, n’ont pas d’autre choix que de s’évader.

Le roman de Raphaël Delpard prend alors un tout autre tour et dévoile au lecteur un épisode relativement méconnu de l’histoire de la France sous l’Occupation, à savoir la situation des enfants juifs, qui, séparés de leur famille après une rafle, devenaient des vagabonds par nécessité, soit pour échapper aux nazis, soit en essayant de rejoindre des proches ou des parents, ou encore en voulant tout simplement se mettre à l’abri. Bien que l’auteur se garde de tout jugement, le lecteur, lui, comprend très vite les dérives de ces « maisons d’éducation surveillée », qui en plus de dénoncer aux autorités les enfants juifs, se livraient également à une forme proche de l’eugénisme allemand ! Raphaël Delpard s’appuie sur des exemples si précis, son récit est si bien documenté qu’il est impossible de ne pas s’indigner des méthodes de prophylaxie criminelle à l’encontre de ces enfants en déshérence et des expérimentations visant à prévenir de la criminalité juvénile ! C’est tout simplement révoltant !

L’auteur introduit également dans son récit une page d’histoire de la résistance des enfants et des adolescents pendant la Seconde Guerre mondiale. Là encore, on apprend qu’il y a bel et bien eu un mouvement de résistance auquel des lycéens, des collégiens et des apprentis professionnels ont pris part, à l’exemple de Marie dans le roman. Refusant de vivre sous le joug de l’occupant ou dans la compromission de la collaboration, la plupart n’étaient alors âgés que de dix à quatorze ans. Cette partie du roman, lumineuse et porteuse d’espoir, apporte vraiment son lot de rebondissements et d’émotions ! Après une première partie sombre et révoltante, consacrée à la description d’une administration rigide et dépourvue d’humanité, on se réjouit de constater que Tristan, Julien et la courageuse petite Marie aient finalement résisté à se laisser broyer par ce système répressif impitoyable ! Loin d’être déshumanisés et brisés par une enfance semée de drames, de malheur et de maltraitance, ce sont au contraire trois enfants d’une bienveillance et d’un courage à toute épreuve que Raphaël Delpard donne à voir dans cette dernière partie. L’engagement de ces enfants au péril de leur vie force le respect, l’admiration mais conforte surtout le lecteur dans l’idée que l’on peut vraiment devenir acteur de son destin malgré une enfance difficile. C’est magnifique et vraiment émouvant !

La résilience est au cœur de ce roman terriblement émouvant et lumineux. La cavalcade des enfants rois est une magnifique et bouleversante reconstitution d’un épisode méconnu de l’Histoire de la France sous l’Occupation. Hymne à la vie et à la jeunesse, c’est un roman de terroir tout à fait  exceptionnel, une histoire poignante, comme un cri du cœur !

Je remercie les éditions Presses de la Cité et la plateforme NetGalley de leur confiance.