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David SAFIER, 28 jours.
416 pages.
Editions Presses de la Cité (12 octobre 2017).

QUATRIEME DE COUVERTURE :

Ghetto de Varsovie, 1942 : quand les jeunes prirent les armes.

Mira, seize ans, passe de la nourriture en fraude pour survivre dans le ghetto. Lorsqu'elle apprend que toute la population juive est condamnée, elle décide de rejoindre les combattants de la Résistance. Aux côtés de Daniel, Ben, Amos, et tous ces jeunes gens assoiffés de vivre, elle tiendra longtemps tête aux SS, bien plus longtemps que quiconque aurait pu l'imaginer. En tout, 28 jours. 28 jours pendant lesquels Mira connaîtra des moments de trahison, de détresse et de bonheur. 28 jours pendant lesquels elle devra décider à qui appartient son cœur. 28 jours pour vivre toute une vie. 28 jours pour écrire son histoire.

Fils de déportés juifs, David Safier revient sur la pire tragédie du XXème siècle en mêlant la petite à la grande histoire. Si l'auteur de comédies désopilantes a changé de registre, il n'a rien perdu de son ambition : confronter le lecteur aux grands questionnements de l'existence en l'arrachant au confort de son quotidien. Avec ce roman d'initiation bouleversant et humaniste, basé sur des événements authentiques, c'est chose faite.

MON AVIS :

Même si l’on connaît désormais l’histoire de l’insurrection du ghetto de Varsovie, on ne peut que trouver poignant et lumineux le roman de David Safier ! 28 jours fait partie de ces livres qui vous happent dès les premières pages et qui résonnent longtemps chez le lecteur.

Si de la part de David Safier, on s’attend plutôt à un livre de détente, au style loufoque et aux répliques mordantes, 28 jours se démarque complètement du reste de sa production. L’histoire, exceptionnelle, raconte comment 1400 jeunes Juifs du ghetto de Varsovie, âgés de 13 à 29 ans, ont organisé un soulèvement et tenu tête à la force supérieure et brutale des SS pendant 28 jours.

« Au total, nous étions environ mille quatre cents combattants inexpérimentés, répartis dans tout le ghetto, et nous allions affronter les chars allemands alors que nous n’avions même pas un pistolet par personne, et à peine quelques centaines de grenades et de cocktails Molotov. »

Si 28 jours est une œuvre de fiction, il ne s’agit pas pour autant de pure invention. Tout ce qui arrive à Mira et à ses compagnons d’arme, sa survie dans le ghetto, puis, plus tard les actions combattantes auxquelles elle prend part, tout est réel, tout est entièrement basé sur des faits authentiques et des situations qui se sont réellement produites. Bien que Mira, comme les autres personnages du roman de David Safier soient fictifs, ce choix délibéré de l’auteur laisse une plus grande liberté dans le choix des thèmes qu’il souhaite aborder et exploiter.

En introduisant des personnages de fiction dont il imagine complètement l’existence, David Safier a cherché avant tout à faire ressortir le côté émotionnel (par opposition aux récits des survivants de l’Holocauste, qui ont une façon très factuelle, presque distanciée de revenir sur les horreurs qu’ils ont vécues). Il s’est glissé dans la peau d’une jeune fille de seize ans et a retranscrit tout ce qu’elle a pu ressentir à l’intérieur de l’enfer du ghetto. On la voit d’abord préoccupée de faire vivre sa famille grâce au marché noir, hermétique ou en tout cas sceptique à tout acte ou velléité de Résistance. Puis, son personnage évolue. Mira est peu à peu amenée, par une succession d’événements terribles, à prendre elle-même les armes et à tuer pour assurer sa survie.

La responsabilité, le poids de la culpabilité, le sacrifice sont des thèmes certes récurrents, mais ce serait une erreur de penser que le livre de David Safier, parce qu’il parle de tuer et de ce que cela fait à un être humain, ne concerne que la mort et la haine. Au contraire, 28 jours est un roman sur la vie et sur ce que l’on fait de sa vie. Bien sûr, il y a des scènes émouvantes, d’autres très éprouvantes, mais dans le chaos et la barbarie, il y a aussi des moments intenses et fulgurants de joie, de bonheur et d’amour. En cela, le roman de David Safier s’inscrit définitivement du côté de la vie, il est à la fois lumineux et porteur d’espoir.

Bien sûr, le leitmotiv de ce roman est toujours d’actualité. Indépendamment des circonstances du Troisième Reich et du ghetto de Varsovie, David Safier aborde des questions universelles, à savoir : quelle sorte d’être humain veux-tu être ? Serais-tu capable de tuer ? Sauverais-tu des vies ? Mettrais-tu ta vie en jeu pour en sauver d’autres ?..

28 jours est un roman initiatique bouleversant et humaniste, qui revient sur la pire tragédie du XXème siècle mais qui confronte surtout le lecteur aux grands questionnements de l'existence, le pousse dans ses retranchements en l'arrachant au confort de son quotidien. Une pépite à côté de laquelle il ne faut surtout pas passer !

Je remercie les éditions Presses de la Cité et la plateforme NetGalley de leur confiance.