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Colson WHITEHEAD, Underground Railroad.
397 pages.
Editions Albin Michel (23 août 2017).

QUATRIEME DE COUVERTURE :

Cora, seize ans, est esclave sur une plantation de coton dans la Géorgie d'avant la guerre de Sécession. Abandonnée par sa mère lorsqu'elle était enfant, elle survit tant bien que mal à la violence de sa condition. Lorsque Caesar, un esclave récemment arrivé de Virginie, lui propose de s'enfuir, elle accepte et tente, au péril de sa vie, de gagner avec lui les Etats libres du Nord. De la Caroline du Sud à l'Indiana en passant par le Tennessee, Cora va vivre une incroyable odyssée. Traquée comme une bête par un impitoyable chasseur d'esclaves qui l'oblige à fuir, sans cesse, le « misérable cœur palpitant » des villes, elle fera tout pour conquérir sa liberté.

L'une des prouesses de Colson Whitehead est de matérialiser l'« Underground Railroad », le célèbre réseau clandestin d'aide aux esclaves en fuite qui devient ici une véritable voie ferrée souterraine, pour explorer, avec une originalité et une maîtrise époustouflantes, les fondements et la mécanique du racisme. À la fois récit d'un combat poignant et réflexion saisissante sur la lecture de l'Histoire, ce roman, couronné par le prix Pulitzer, est une œuvre politique aujourd'hui plus que jamais nécessaire. « Un roman puissant et presque hallucinatoire. Une histoire essentielle pour comprendre les Américains d'hier et d'aujourd'hui. » The New York Times

MON AVIS :

Né à New York en 1969, Colson Whitehead a été découvert en France avec la traduction de son premier roman, L'Intuitionniste. Ont suivi notamment Ballades pour John Henry, Le Colosse de New York ou encore Apex ou le cache-blessure (publiés aux Editions Gallimard), qui tous ont confirmé l'exceptionnel talent de Colson Whitehead à inventer de véritables machines romanesques, irriguées par une méditation sur les mythologies américaines, ainsi que par une réflexion très politique sur la question raciale.

Si, dans Underground Railroad, l’auteur raconte la période qui précède la Guerre de Sécession avec juste ce qu’il faut d’émotion, d’indignation et de vérité historique, c’est surtout le voyage émotionnel que l’on effectue aux côtés de Cora, de Caesar et des autres esclaves noirs en fuite qui font toute la complexité et la richesse de son roman. Leurs trajectoires, leurs décisions et leurs destinées s’entrecroisent comme les rails et les embranchements de ce chemin de fer clandestin que Colson Whitehead a choisi de matérialiser dans son roman.

Toutefois, si l’Underground Railroad a bel est bien existé, il convient de rétablir la vérité selon laquelle il ne s’agissait pas pour autant d’une véritable voie ferrée souterraine. Le chemin de fer clandestin était composé de points de rencontre, de routes secrètes, de moyens de transports, de lieux d’accueil protégés et d’assistance apportée aux esclaves noirs par les sympathisants abolitionnistes qui utilisaient la terminologie ferroviaire en guise de code. Pourquoi Colson Whitehead a-t-il décidé de matérialiser ce réseau clandestin en véritable chemin de fer, difficile à dire… Une telle matérialisation n’apporte finalement rien de plus à l’histoire de Cora et de ses semblables. Il aurait été plus judicieux, à mon sens, d’approfondir les passages consacrés au fonctionnement de ce réseau clandestin, ce qui aurait apporté un supplément non négligeable de profondeur et de détail historique au roman !

Cela dit, on pardonne volontiers à l’auteur d’avoir mixé le réel et le fantastique, tant il illustre parfaitement le système de pensée arriéré du Sud des Etats-Unis avant la guerre de Sécession. D’ailleurs, cette plongée au cœur de la barbarie raciste, avec ses lynchages méthodiques, ses chasses à l’homme, ses exécutions sommaires et son épuration ethnique n’est pas sans rappeler l’actualité… L’histoire de Cora pourrait finalement être celle de milliers de migrants actuels…

« Une plantation restait une plantation ; on pouvait croire ses misères singulières mais leur véritable horreur tenait à leur universalité. »

Si l’on referme le roman de Colson Whitehead avec autant de tristesse, de dégoût et d’effarement, c’est sans doute parce que l’auteur nous force à regarder l’Histoire en face. On y voit non seulement les fléaux que représentent la haine et le racisme mais aussi l’indifférence de ceux qui, parce qu’ils ont eu la chance de naître au bon endroit, n’ont pas à lutter pour leur liberté et leurs droits fondamentaux.

Pas de surprise donc à ce que le roman ait remporté le succès que l’on sait ! Au-delà de son intrigue bouleversante et souvent dramatique, de l’intérêt historique et culturel, Underground Railroad est avant tout un roman intelligent et engagé dont la lecture est plus que jamais nécessaire !