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Anne CASSIDY, L'affaire Jennifer Jones.
384 pages.
Editions Milan (19 avril 2017).

QUATRIEME DE COUVERTURE :

« Au moment du meurtre, tous les journaux en avaient parlé pendant des mois. Des dizaines d’articles avaient analysé l’affaire sous tous les angles. Les événements de ce jour terrible à Berwick Waters. Le contexte. Les familles des enfants. Les rapports scolaires. Les réactions des habitants. Les lois concernant les enfants meurtriers. Alice Tully n’avait rien lu à l’époque. Elle était trop jeune. Cependant, depuis six mois, elle ne laissait passer aucun article, et la question sous-jacente restait la même : comment une petite fille de dix ans pouvait-elle tuer un autre enfant ? »

MON AVIS :

Pilier de la littérature jeunesse, Anne Cassidy est passionnée par les romans policiers. Mais ce qui l'intéresse, ce n'est pas de découvrir qui est le coupable, mais pourquoi le meurtre a été commis, comment et, surtout, quelles sont les conséquences d'un tel événement sur la vie des gens ordinaires.

L’affaire Jennifer Jones (Looking for JJ) a été publié pour la première fois en 2004 au Royaume-Uni où il a remporté, à juste titre, le prix du meilleur roman pour adolescents. Réédité aux éditions Milan depuis avril 2017, c’est un roman passionnant et actuel qui séduira autant les adolescents que les adultes.

Anne Cassidy en a fait un roman choc et mystérieux qui retrace, dans un immense flash-back, la vie sans histoire d’Alice Tully. Très vite, on comprend que cette vie trop lisse, sans passé, sans famille et sans attaches, dissimule un lourd secret...

Jennifer Jones, libérée après avoir purgé sa peine pour meurtre, n’a pas pour autant payé sa dette à la société. Si la justice considère qu’elle ne représente plus aucun danger pour les autres, ce n’est pas l’avis des tabloïds et des reporters qui mènent l’enquête pour retrouver sa trace et sa nouvelle identité. Son histoire est bien trop juteuse pour être oubliée…

Intelligemment construit, sombre et dérangeant, le roman d’Anne Cassidy aborde la question de la réinsertion des délinquants et leur droit à l'oubli après avoir payé leur dette à la société. On y trouve également les notions de culpabilité, de repentir et de la reconstruction de soi après un acte répréhensible.

« (…) Et cependant, le passé était toujours là. Il serait toujours là.

« Tu ne peux pas changer ce qui est arrivé », avait dit et répété Patricia Coffey.

« - Peu importe que tu y penses souvent ou que tu pleures, tu ne peux absolument rien y changer. La seule chose que tu peux changer, c'est ton avenir.

- Je ne mérite pas d'avenir, avait-elle dit. Je ne peux pas reprendre une vie normale alors que j'ai tué quelqu'un. Ce n'est pas possible.

- Il le faut. Sinon, il y aura deux vies gaspillées. Tu dois continuer et avoir une vie exemplaire, pour racheter ce que tu as fait. »

L’histoire de Jennifer Jones, sa descente aux enfers et l'expiation de son crime est particulièrement poignante. Sans pour autant être moralisatrice, Anne Cassidy amène son jeune lecteur à réfléchir aux conséquences à long terme de ses actes et à la notion de responsabilité. Le malaise que la lecture de ce roman provoque perdure longtemps après avoir tourné la dernière page…

Captivant, dérangeant, suffocant, L’affaire Jennifer Jones fait partie de ces romans bouleversants mais nécessaires, à lire à partir de 15 ans.