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Leon LEYSON, L'enfant de Schindler.
221 pages.
Editions Pocket Jeunesse (7 mai 2014).

QUATRIEME DE COUVERTURE :

Alors que tout semble perdu pour Leon Leyson, déporté à l'âge de douze ans dans un camp de concentration, un homme – un nazi – lui redonne espoir. En l'employant comme ouvrier dans son usine, Oskar Schindler fait du petit Leon le plus jeune inscrit sur sa liste. Une liste qui sera synonyme de vie pour lui mais aussi pour des centaines d'autres juifs pris dans les filets nazis.

MON AVIS :

Après la guerre, Leon Leyson a émigré aux Etats-Unis avec ses parents. C'est sa rencontre avec sa femme qui lui a permis de cicatriser les plaies de son passé et de construire sa nouvelle vie. Diplômé de California State puis de Pepperdine University, il a enseigné à Huntington Park High School en Californie, pendant trente-neuf ans. Pensant que personne ne s'intéresserait à son histoire, il ne parlait que rarement de ce qu'il avait vécu, jusqu'au succès mondial du film La Liste de Schindler. Par la suite, il a alors donné régulièrement des conférences pour rendre hommage à Oskar Schindler. Il est décédé en janvier 2013, à quatre-vingt-trois ans, juste après avoir remis son manuscrit à son éditeur.

Leon Leyson livre ici un témoignage déchirant sur son enfance ravagée, véritable cri de douleur, mais aussi d'espoir. Son récit est un hommage poignant à tous les enfants victimes d'horreurs, d'injustices ou de politiques qu'ils ne peuvent ni comprendre ni assumer.

« Selon les nazis, les juifs formaient une entité unique détestable, à l’inverse des « Aryens », qui étaient « purs », avec les cheveux blonds et les yeux bleus. En réalité, beaucoup de juifs étaient blonds aux yeux bleus, alors que les Allemands et les Autrichiens, y compris Adolf Hitler, avaient souvent les cheveux foncés et les yeux marrons. Mais d’après l’idéologie nazie, tout juif constituait un ennemi méprisable. Pour eux, être juif n’avait rien à voir avec notre croyance religieuse, il s’agissait d’une « race ». Cela n’avait pas de sens, et je me demandais comment les nazis pouvaient ignorer toutes ces contradictions. S’ils avaient seulement pris le temps de nous regarder, ils auraient vu des êtres humains semblables à eux : certains avec des yeux bleus, d’autres avec les yeux marron. Ils auraient vu des familles comme les leurs : des fils, des filles, des mères, des pères. Ils auraient vu des médecins, des avocats, des professeurs, des artisans, des tailleurs, enfin, des individus de toutes sorte. »

Qui a vu le film de Spielberg n’en a certes pas oublié les images. Le roman de Leon Leyson est tout aussi intense. Ses mots d’enfant, cette façon simple et directe qu’il utilise pour raconter l’indicible, les privations, les humiliations, les violences arbitraires, la peur, les rafles et la mort qui rôde…, résonneront longtemps dans la mémoire des lecteurs de tous âges.

La liste de Schindler sur laquelle le nom de Leon Leyson a figuré en tant que plus jeune inscrit a donc été synonyme de vie et d’espoir. L’auteur, alors enfant, se souvient du personnage complexe et plein de contradictions qu’était Oskar Schindler. Ce patron allemand d’une usine de céramique était certes un opportuniste nazi, manipulateur et influent, mais c’était aussi un homme de courage, prêt à mettre sa propre vie en péril pour donner à un enfant, ainsi qu’à des centaines d’autres juifs pris dans les filets nazis, une chance de vivre. Les meurtres de masses auxquels il a assisté lors de la liquidation du ghetto de Cracovie lui font prendre conscience de la situation inhumaine et désespérée des juifs. À partir de ces événements, il décide alors de respecter et de valoriser ce peuple que les nazis avaient décidé d’éradiquer. Au moyen de pots-de-vin, de l’argent qu’il gagnait en faisant du marché noir, il courtise des hauts fonctionnaires nazis, des officiers SS, des commandants de camps et multiplie les efforts afin de sauver le plus de vies possible.

L’extraordinaire acte de bravoure qu’il a accompli en sauvant près de 1.200 juifs d’une mort quasi certaine prouve que « une seule personne est capable de se dresser contre l’enfer et faire la différence ». Selon cette définition, Oskar Schindler est définitivement l’incarnation du héros, un être humain ordinaire capable d’effectuer « les meilleures choses au pire moment. »

L’enfant de Schindler est un ouvrage indispensable, à conseiller à partir de 12 ou 13 ans.