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Marie BARRAUD, Nous, les passeurs.
198 pages.
Editions Robert Laffont (5 janvier 2017).

QUATRIEME DE COUVERTURE :

«J'ai voulu raconter l'histoire de mon grand-père et, par ricochet, celle de ses deux fils. J'ai voulu dire ce qui ne l'avait jamais été, en espérant aider les vivants et libérer les morts. J'ai pensé que je devais le faire pour apaiser mon père. Ces mots, c'est moi qu'ils ont libérée.»

Qui est ce grand-père dont personne ne parle ? Marie, devenue une jeune femme, décide de mener l'enquête, de réconcilier son père avec cet homme disparu à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Albert Barraud, médecin, fut un résistant, arrêté par les Allemands. Marie découvrira son rôle protecteur auprès des autres prisonniers. Destin héroïque d'un homme qui consacra sa vie aux autres jusqu'à sa disparition en mai 1945, sur le paquebot Cap Arcona bombardé par l'aviation britannique... Au terme d'un voyage vers la mer Baltique avec son frère, Marie va défaire les nœuds qui entravaient les liens familiaux.

MON AVIS :

Il y a des vocations que les générations d'une même famille se transmettent naturellement. Chez les Barraud c'est la médecine. Une seconde nature. Une raison de vivre. Pour Marie Barraud, il en sera autrement. Son instinct, sa grande sensibilité et son inépuisable détermination, elle va les mettre au service de l'art. Elle sera comédienne. Formée chez Michel Galabru puis Blanche Salant où elle découvre Strasberg et Stanislavski, elle s'envole enfin pour New York où elle intègre les cours de John Strasberg, fils du célèbre professeur. Elle grandit sur le terrain entre séries télé, programmes courts et cinéma mais c'est surtout au théâtre que cette amoureuse des mots trouve son épanouissement. Lorsqu'on l'écoute parler de son métier, on découvre que finalement elle aussi guérit, soulage et accompagne l'âme des spectateurs. Marie a donc hérité de cette fibre familiale et la plus grande preuve réside dans ce premier roman.

Lorsqu'elle s'est lancée dans l'aventure folle de l'écriture de Nous, les passeurs, Marie avait pour intention de raconter l'histoire de son grand-père et, par extension, de celle de ses deux fils. Ce n'est qu'après coup qu'elle n'a réalisé à quel point sa propre existence et celle de toute sa famille allaient en être bouleversées. Grâce à cette histoire émouvante qui recrée le lien entre un grand-père héros de la Résistance et sa famille, Marie Barraud a surtout su apaiser les siens.

«Seuls ne meurent vraiment que ceux que l'on oublie.»

Si Marie a découvert qui était véritablement Albert Barraud, elle a surtout découvert l'homme derrière le mythe et compris aussi que son grand-père vivait depuis toujours dans la mémoire de ceux qu'il avait aidés, protégés et qui étaient revenus de l'enfer du camp de Neuengamme. Au fur et à mesure de ses découvertes, Marie s'est rendu compte que tous ceux qui avaient croisé la route de son grand-père avaient écrit à son sujet non seulement pour lui rendre hommage mais aussi pour que perdure sa mémoire, ses choix et son engagement total au service de l'humanité toute entière. Ce sont ces mots qui ont permis à Marie de tisser un lien entre elle et le grand-père qu'elle n'a jamais connu. Petit à petit, elle se construira les souvenirs d'une vie que le destin lui avait volé.

«Ce lien, je l'ai tissé de toutes parts au fur et à mesure de mes découvertes. Tous ceux qui avaient croisé la route de mon grand-père avaient écrit à son sujet. J'ai dévoré leurs mots, encore et encore, de jour comme de nuit. J'étais affamée. Il me fallait tout savoir. Reprendre  ce que l'on m'avait volé.»

Au terme d'un émouvant voyage en mer Baltique, à l'endroit même où son grand-père a perdu la vie, Marie Barraud et son frère Benjamin ont pu reconnecter leurs vies à celle d'Albert, comprendre ses décisions, combler leur manque et se faire les passeurs de cette âme perdue...

«Notre vie peut prendre chaque jour la forme de notre folie, mais elle reste, finalement, le prolongement des vies de ceux qui nous ont précédés. Qu'on le veuille ou non, nous venons compléter un cycle. Et je perçois aujourd'hui qu'ignorer ce qui fut avant nous, c'est perdre une partie de ce que nous sommes supposés devenir. Héros ou bourreaux, nos ancêtres nous transmettent bien plus que  leur nom.»

Bien plus que l'hommage bouleversant d'une petite-fille pour ce grand-père qu'elle n'a jamais connu, Nous les passeurs est un témoignage indispensable, un roman magnifique sur le thème de la mémoire et de la transmission, dont les mots salvateurs permettront à une famille tout entière de se libérer des fantômes et du poids du passé.

Je remercie les éditions Robert Laffont de leur confiance.