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Frédéric GROS, Possédées.
304 pages.
Editions Albin Michel (17 août 2016).

QUATRIEME DE COUVERTURE :

En 1632, dans la petite ville de Loudun, mère Jeanne des Anges, supérieure du couvent des Ursulines, est brusquement saisie de convulsions et d'hallucinations. Elle est bientôt suivie par d'autres sœurs et les autorités de l'Eglise les déclarent «possédées». Contraints par l'exorcisme, les démons logeant dans leurs corps désignent bientôt leur maître : Urbain Grandier, le curé de la ville. L'affaire des possédées de Loudun, brassant les énergies du désir et les calculs politiques, les intrigues religieuses et les complots judiciaires, a inspiré cinéastes et essayistes. Frédéric Gros en fait le roman d'un homme : Urbain Grandier, brillant serviteur de l'Eglise, humaniste rebelle, amoureux des femmes, figure expiatoire toute trouvée de la Contre-réforme. Récit d'une possession collective, le texte étonne par sa modernité, tant les fanatismes d'hier ressemblent à ceux d'aujourd'hui.

MON AVIS :

Frédéric Gros, né le 30 novembre 1965 à Saint-Cyr-l’École est un philosophe français, spécialiste de Michel Foucault. Il est professeur de pensée politique à l'Institut d'études politiques de Paris (Sciences Po). Dans ce récit romancé, Frédéric Gros revisite l'affaire des démons de Loudun, cette chasse aux sorcières lancée par le Cardinal de Richelieu dans les années 1630 contre le prêtre catholique Urbain Grandier.

Difficile de revenir plus amplement sur cette affaire de diablerie de Loudun qui, en son temps, a provoqué un défoulement des foules venus de divertir du spectacle public des exorcismes et suscité une littérature polémique sans égale. Tout a été dit et c'est d'ailleurs parce que je connaissais l'affaire des Possédées de Loudun, et surtout son dénouement, que le roman de Frédéric Gros m'a semblé parfois un peu trop théâtral et se cantonner à un romanesque un peu facile...

Il n'empêche que, pour qui ne connaîtrait pas le destin de ce prêtre un peu trop séduisant et cultivé, l'hystérie collective de ces sœurs Ursulines, brusquement saisies de convulsions et d'hallucinations, a de quoi faire frémir ! Frédéric Gros offre une très belle reconstitution historique d'une petite ville de province, divisée entre Huguenots et Catholiques, qui va rapidement se sentir dépassée par les enjeux et les affrontements qui s'y déroulent... Brassant les énergies du désir et les calculs politiques, les intrigues religieuses et les complots judiciaires, l'auteur fait de Possédées le roman d'un homme devenu la figure expiatoire de toute trouvée de la contre-réforme.

Parce qu'il est soupçonné d'être trop proche des Protestants, parce qu'il prône le mariage des prêtres et n'hésite pas à prendre amante parmi ses ouailles, Urbain Grangier s'est attiré l'inimitié d'un grand nombre de ses paroissiens. Le procureur du roi, notamment, lui voue une haine farouche depuis qu'il a engrossé sa fille mais c'est surtout le Cardinal de Richelieu qui, au nom de la raison d'Etat, causera le plus de tort à Urbain Grandier. Déterminé à soumettre les villes protestantes et à affirmer la souveraineté de son Roi très chrétien, Richelieu se servira de ces prétendues possessions pour manipuler les foules et redorer le blason de l'Église.

«Les vérités avec lesquelles nous gouvernons, Monsieur, ne se tiennent pas dans l'intimité muette des consciences. Ce sont des spectacles.»

En mêlant les différents points de vue, Frédéric Gros réactualise cette ténébreuse affaire d'Église et d'État qui, en son temps, a défrayé la chronique. Sur fond de croyances occultes, d'exorcismes effrayants et de tortures sophistiquées, Possédées plonge le lecteur dans le Loudun du XVIIème siècle et redonne vie à tout un horizon de croyances qui n'est pas sans rappeler l'obscurantisme de ceux qui, de nos jours, agissent au nom d'une foi sanguinaire...

Je remercie mon amie Clarisse Sabard pour cette passionnante lecture commune.