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Marceline LORIDAN-IVENS, Et tu n'es pas revenu.
128 pages.
Editions Le Livre de Poche (24 août 2016).

QUATRIEME DE COUVERTURE :

«J’ai vécu puisque tu voulais que je vive. Mais vécu comme je l’ai appris là-bas, en prenant les jours les uns après les autres. Il y en eut de beaux tout de même. T’écrire m’a fait du bien. En te parlant, je ne me console pas. Je détends juste ce qui m’enserre le cœur.
Je voudrais fuir l’histoire du monde, du siècle, revenir à la mienne, celle de Shloïme et sa chère petite fille.»

Le 29 février 1944, Marceline Loridan-Ivens a quinze ans lorsqu’elle est arrêtée avec son père lors d’une rafle. Déportée à Birkenau, elle subit l’horreur des camps et parvient à survivre. Son père, lui, ne reviendra jamais d’Auschwitz. Soixante-dix ans plus tard, elle lui adresse une lettre, rédigée avec la journaliste et écrivain Judith Perrignon, où elle raconte sa captivité, son retour, sa vie d’après.

MON AVIS :

Marceline Loridan-Ivens est née Rozenberg à Épinal dans les Vosges le 19 mars 1928. Arrêtée les 29 février 1944 parce qu'elle était juive, emprisonnée à Avignon et Marseille, elle est conduite en train au camp de Drancy le 1er avril 1944, puis déportée quelques jours plus tard à Auschwitz-Birkenau où elle passe sept mois. Elle est transférée au camp de Bergen-Belsen, puis au Kommando de Raguhn avant d'être déplacée au camp-ghetto de Terezin où elle recouvre la liberté le 10 mai 1945.

Cette histoire singulière d'une adolescente victime de la tragédie de l'Histoire, Marceline Loridan-Ivens l'a évoquée plusieurs reprises dans Chronique d'un été (un film de Jean Rouch et Edgar Morin, 1960) et dans son propre film La petite prairie aux bouleaux en 2003. En 2015, c'est à la romancière Judith Perrignon que Marceline Loridan Ivens se confie. Ensemble, elles rédigeront Et tu n'es pas revenu, un court roman sous la forme d'une lettre bouleversante et poignante que Marceline adresse à son père, qui, lui, n'a pas échappé aux bourreaux nazis d'Auschwitz-Birkenau. Elle lui raconte, sans aucun pathos et sur un ton presque détaché, l'horreur de sa déportation, sa captivité, son retour en France, sa vie d'après ou plutôt l'impossibilité d'une vie après, tant la douleur et la colère restent intactes...

«J'aurais aimé te donner de bonnes nouvelles, te dire qu'après avoir basculé dans l'horreur, attendu vainement ton retour, nous nous sommes rétablis. Mais je ne peux pas. Sache que notre famille n'y a pas survécu. Elle s'est disloquée. Tu avais fait des rêves trop grands pour nous tous, nous n'avons pas été à la hauteur.»

De l'horreur des camps de la mort, je pensais que tout avait été dit avec l'œuvre de Primo Levi. Les mots exceptionnels de Marceline Loridan-Ivens prouvent le contraire. Et tu n'es pas revenu est un tout petit roman d'une intensité rare que tout le monde devrait lire, tout simplement parce qu'il faut témoigner d'Auschwitz et de l'horreur du système concentrationnaire !

«La mémoire, bien qu'elle se réfère au passé, se vit toujours au présent.»

Alors que nous assistons à une résurgence effrayante d'actes antisémites, il est plus que jamais nécessaire d'entendre la voix d'une des dernières survivantes des camps de concentration !