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Emma FRASER, Quand soufflera le vent de l'aube.
544 pages.
Editions Robert Laffont (2 juin 2016).

QUATRIEME DE COUVERTURE :

Île de Skye, 1903. Jessie, une fille de métayers, et Isabel, la fille du médecin de l'île, grandissent ensemble sur cette terre pauvre du nord de l'Écosse. Jessie rêve de devenir infirmière et Isabel de prendre la succession de son père. Mais la disparition mystérieuse du jeune héritier de l'une des familles les plus importantes de la région vient contrarier le destin des deux amies, bientôt obligées de se séparer. Leurs routes ne vont toutefois pas tarder à se croiser à nouveau.

De l'archipel des Hébrides à Édimbourg puis, durant la Première Guerre mondiale, de France en Serbie, Quand soufflera le vent de l'aube déroule sur plus de quinze ans la saga bouleversante – et inspirée de faits réels – de deux héroïnes au courage admirable, confrontées à la cruauté de la guerre et unies par un inavouable secret.

MON AVIS :

Emma Fraser a été infirmière aux quatre coins du monde. Elle s'est passionnée pour l'histoire de son métier, avant de se découvrir un vrai talent de romancière. Quand soufflera le vent de l'aube est un roman historique remarquablement documenté (et inspiré de faits réels) qui retrace le parcours bouleversant d'un  groupe d'infirmière pendant la Première Guerre mondiale, en France et en Serbie.

Si les efforts d'Emma Fraser pour créer une histoire d'amour au milieu du chaos et divertir le lecteur sont plutôt payants, ce sont surtout les détails et le contexte historiques qui retiennent véritablement l'attention du lecteur. Grâce à un travail de recherche remarquable, l'auteure a su rendre un hommage vibrant aux infirmières et femmes médecins pendant la Première Guerre mondiale, en particulier aux unités de l'Hôpital féminin écossais, qui, déployées en France et en Serbie, œuvraient tout près de la ligne de front. Si son récit fascinant rend hommage au courage admirable et à la force de résistance de ces femmes qui se sont battues pour pouvoir réaliser leur ambition et exercer leur passion, il rend surtout compte des difficultés de la médecine et témoigne de conditions horribles dans lesquelles soldats comme civils ont dû vivre.

Les âmes sensibles seront prévenues qu'Emma Fraser n'hésite pas à étoffer son récit de détails réalistes et de scènes éprouvantes, parfois difficilement soutenables pour le lecteur. En même temps que les héroïnes du roman, on découvre les horreurs endurées par les combattants : les membres à amputer, les visages défigurés et les maladies qui accompagnent les temps de guerre, comme la dysenterie, le typhus et autres affections et épidémies qui n'épargnent personne, pas même les membres du personnel soignant. Ces scènes dures et violentes sont pourtant indispensables. Elles sont un témoignage bouleversant de l'horreur et des atrocités commises pendant la guerre. Elles ajoutent au sentiment d'incompréhension qui s'empare du lecteur et le laissent abasourdi devant tant d'horreur et d'absurdité. C'est si saisissant de réalisme et parfois si choquant que le lecteur, même le plus aguerri, ne peut rester insensible !

«Maudite guerre qui nous enlève ceux que nous aimons et nous en prend toujours plus ! Jour après jour, inlassablement, nous nous occupons de ces pauvres créatures, tout ça pour les regarder mourir, malgré nos efforts. Nous n'avons même pas assez de morphine pour les aider les mourants à rencontrer les créateur sans souffrir et dans la dignité.[...] Chaque fois qu'il en meurt un, ça nous fait un lit pour y mettre un nouveau malheureux. Chaque cas désespéré, c'est autant de morphine gagnée pour ceux qui, un jour, quand nous les aurons rafistolés, pourront être renvoyés à la guerre. Une guerre qui ne semble jamais vouloir finir»

Ensemble, les membres de l'unité de l'hôpital féminin écossais réussiront à s'adapter aux environnements les plus hostiles et à maintenir envers et contre tout, une présence bienveillante à proximité des champs de bataille. Malgré le froid intense, les bombardements, les épidémies et l'insuffisance de médicaments et de nourriture, elle parviendront à prendre soin et à réconforter les soldats blessés. Il y a quelque chose de profondément maternel dans le roman d'Emma Fraser. C'est très touchant !

En dépit de ses longueurs, Quand soufflera le vent de l'aube reste un roman bouleversant, d'une rare intensité dramatique. Une véritable leçon d'humanité, de courage et d'altruisme, un bel hommage à toutes ces femmes qui ont lutté pour sauver des vies humaines !

Je remercie les éditions Robert Laffont de leur confiance.