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Didier CORNAILLE, Pardon, Clara.
350 pages.
Editions Presses de la Cité (10 mars 2016).

QUATRIEME DE COUVERTURE :

Antoine, Parisien, est tombé sous le charme des collines et des forêts du Morvan. Un jour de promenade il découvre, choqué, une étoile de David taguée sur le portail d'une maison. La propriétaire des lieux, Clara, une vieille dame énergique et bienveillante, fait de lui son confident... Pendant la guerre, Clara n'avait que cinq ans lorsque ses parents ont été arrêtés et déportés. Elle a été recueillie par des voisins qui ont été ses parents de substitution. Bien que devenue l'institutrice du pays, elle y est toujours restée « la Juive ». Avec, en filigrane, toutes les interrogations qui taraudent Clara et son angoisse de voir se réveiller les vieux démons... Pourquoi notamment la petite broche ayant appartenu à sa mère se retrouve-t-elle, trente ans plus tard, épinglée sur le chemisier de l'une de ses amies ? Ses parents auraient-ils été dénoncés ? Qui connaît la vérité dans le village ?

MON AVIS :

Observateur passionné du monde rural dont il est issu, Didier Cornaille lui a consacré sa carrière comme journaliste, auteur de guide de randonnée puis romancier. Il a largement contribué à faire découvrir de nombreuses régions de France et en particulier la sienne, le Morvan. Il a notamment publié Les labours d'hiver, Les terres abandonnées, La trace du loup, L'atelier de Capucine et L'héritage de Ludovic Grollier, tous parus aux Presses de la Cité.

Pardon, Clara est son vingt-sixième roman, dans lequel, en tant qu'auteur engagé, Didier Cornaille témoigne de l'espoir qu'il fonde en un renouveau de la ruralité et, dans un sens plus large, en un monde plus juste et égalitaire, affranchi de toute distinction d'appartenance sociale, ethnique ou religieuse.

À travers l'histoire de Clara, Didier Cornaille retrace non seulement le drame d'une famille juive arrêtée et déportée mais dénonce surtout la résurgence des croyances et des dérives sectaires qui en découlent.

«Le cercle infernal était en train de se rétablir. Il était déjà trop tard pour espérer enrayer sa funeste mécanique. Il faudrait donc en passer par sa complète résurgence avant que ne se lèvent à nouveau les forces qui avaient prétendu convaincre, quand ça les arrangeait, que «la bête» était morte.»

Même après avoir été recueillie et adoptée par des voisins, Clara, devenue entre temps l'institutrice de l'école du village, restera toujours «la Juive». Si Didier Cornaille dénonce la jalousie, les non-dits, la peur ou la haine de l'étranger ainsi que les mentalités étriquées de certains villageois de l'époque, il établit également un étonnant parallèle avec la situation actuelle des campagnes. L'exode des Juifs trouve aujourd'hui son pendant avec le récent mouvement de population de la ville vers la campagne.

Cet exode urbain soulève les mêmes méfiances, suspicions ou discriminations qui régissent le monde clos des communautés villageoises. En dépit des moyens de communication modernes qui ont facilité l'ouverture au monde extérieur, les nouveaux arrivants, assimilés à des «étrangers», ne s'attirent pas toujours l'accueil et la convivialité qu'ils espéraient trouver à la campagne. On le voit notamment avec l'installation d'Antoine et de sa famille, qui devront y mettre du leur avant de s'attirer la sympathie des gens du village. Et c'est exactement la même chose pour Clara.

«Si, je suis juive. Non pas de religion; encore moins de conviction, ou par je ne sais quelle catégorisation ethnique, qui d'ailleurs n'existe pas. Mais je le suis parce que la société a décidé que je l'étais. Et donc, je l'assume.»

«Je suis juive, [...] de même que toi, ici, tu es un étranger. Quoi que tu fasses, tu le resteras jusqu'à la fin de tes jours. Le mieux que tu aies à faire, c'est de faire comme moi. C'est le meilleur moyen de désarmer ceux qui voudraient y voir je ne sais quelle discriminations. Que veux-tu qu'ils fassent contre toi dès lors que tu t'en revendiques ?»

Avec des exemples nombreux et surtout très concrets, Didier Cornaille milite en faveur de la justice et de l'égalité entre les hommes. C'est un des aspects les plus prégnants de son roman. Pardon, Clara est un roman d'une acuité effrayante, qui réveille les consciences, secoue et révolte le lecteur. C'est avec ce genre de lecture choc qu'on peut espérer combattre l'exclusion, le racisme et toutes les horreurs commises au nom des idéologies les plus sectaires que l'humanité ait jamais connues.

Je remercie les éditions Presses de la Cité de leur confiance.