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Larry TREMBLAY, L'orangeraie.
192 pages.
Editions La Table Ronde (5 février 2015).

QUATRIEME DE COUVERTURE :

«Quand Amed pleure, Aziz pleure aussi. Quand Aziz rit, Amed rit aussi.» Ces frères jumeaux auraient pu vivre paisiblement à l'ombre des orangers. Mais un obus traverse le ciel, tuant leurs grands-parents. La guerre s'empare de leur enfance et sépare leurs destins. Amed, à moins que ce ne soit Aziz, devra consentir au plus grand des sacrifices.

Conte moral, fable politique, L'orangeraie est un roman où la tension ne se relâche jamais. Un texte à la fois actuel et hors du temps qui possède la force brute des grandes tragédies et le lyrisme des légendes du désert. 

MON AVIS :

Larry Tremblay est écrivain, metteur en scène, acteur et spécialiste de kathakali. Traduites dans une douzaine de langues, ses œuvres théâtrales ont été souvent récompensées et certaines, comme Le ventriloque ou La hache, font désormais figure de classiques. L'orangeraie est son troisième roman. Parue au Québec en 2013, il a reçu plusieurs prix dont le Prix des libraires du Québec, le Prix littéraire des collégiens et le Prix du Club des Irrésistibles.

Sans pathos, ni jugement, Larry Tremblay signe l'histoire tragique et cruelle de deux frères jumeaux à qui la guerre a volé l'innocence et brisé le destin. Efficace et précis, L'orangeraie fait partie de ces livres, très vite lus mais qu'on ne peut pas oublier une fois refermés.

Un peu dans la lignée de Inconnu à cette adresse de Kressmann Taylor, d'Effroyable jardin de Michel Quint ou encore de L'Étranger de Camus, le texte possède une puissance évocatrice redoutable. Honneur, deuil, douleur, vengeance, absurdité de la guerre, extrémisme religieux, endoctrinement, manipulation, enfants instrumentalisés et déshumanisés ... Tels sont quelques uns des thèmes que l'auteur aborde dans cette fable politique et morale on ne peut plus actuelle.

La vie, la mort, le bien, le mal, Larry Tremblay ne cesse de renverser les dualités. Il joue avec les apparences pour mieux pousser le lecteur dans ses derniers retranchements sur la notion de sacrifice et le procédé  fonctionne !

«Écoute-moi , j'ai deux fils. L'un est la main, l'autre, le poing. L'un prend, l'autre donne. Un jour, c'est l'un, un jour, c'est l'autre. Je T'en supplie, ne me prends pas les deux.»

L'inhumanité de la situation qu'il a créée prend le lecteur aux tripes, le plonge dans un dilemme insoluble... On prend alors conscience que la guerre bouleverse tout, y compris l'ordre naturel des choses...

 « Il se posait lui-même la question du mal. Il était trop facile d’accuser ceux qui commettaient des crimes de guerre d’être des assassins ou des bêtes féroces. Surtout quand celui qui les jugeait vivait loin des circonstances ayant provoqué ces conflits dont l’origine se perdait dans le tourbillon de l’histoire. Qu’aurait-il fait, lui, dans de pareilles situations ? Aurait-il été, comme des millions d’autres hommes, capable de tuer pour défendre une idée, un bout de terre, une frontière, du pétrole ? Aurait-il été lui aussi conditionné à tuer des innocents, femmes et enfants ? Ou aurait-il eu le courage, au risque de sa vie, de refuser l’ordre qu’on lui donnait d’abattre d’une rafale de mitraillette des gens sans défense ? »

Ce que l'on retiendra surtout de cette lecture, c'est que la guerre, la violence  et la haine n'engendrent que douleur, colère et culpabilité. La guerre prend tout et ne laisse derrière elle qu'un immense champ de ruines...

Avec L'orangeraie, Larry Tremblay signe un texte brutal, cruel et convaincant, un roman terrible, comme un coup au cœur, à mettre entre toutes les mains tant son propos est malheureusement d'actualité...