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Caroline VERMALLE, L'avant dernière chance.
256 pages.
Edition Le Livre de Poche (30 octobre 2013).

QUATRIEME DE COUVERTURE :

Georges, quatre-vingt-trois ans, et son ami Charles, soixante-seize ans, élaborent un projet fou, du haut de leur grand âge : effectuer le Tour de France en Renault Scénic. En échange du silence de sa petite-fille Adèle sur leur imprudente entreprise, Georges lui promet de lui envoyer un texto tous les jours… Une promesse qui marque le retour d’une complicité perdue depuis dix ans.

MON AVIS :

Caroline Vermalle est une voyageuse férue de dépaysement, d'aventure et de cinéma. Née en 1973, fille d'un pilote de chasse et d'une bibliophile, elle a à peine 8 ans quand elle se met à l'écriture de sa première nouvelle et 35, quand L'avant-dernière chance, son premier roman, est publié aux éditions Calmann-Lévy. En 2009, celui-ci remporte d'ailleurs le Prix Nouveau Talent de la Fondation Bouygues Telecom-Metro, un prix littéraire qui récompense un premier roman, écrit en langue française et intégrant le langage SMS et des messageries instantanées.

Quelle ne fut pas ma stupeur de tenir entre les mains un ouvrage visant à la promotion de ce langage honni, de cette «novlangue» qui, si elle ne nuit pas à l'orthographe traditionnelle, contribue à faire hurler les fervents défenseurs de la langue française dont je fais évidemment partie !

Et pourtant, j'ai lu et aimé le roman de Caroline Vermalle ! Certainement parce qu'il s'agit avant tout d'un roman plein de tendresse sur la vieillesse  - et sur les relations intergénérationnelles au sens large - et non pas d'un ouvrage ou d'une plaquette visant à la promotion du langage SMS.

Si le récit intègre bien un certain nombre de «textismes», rassurez-vous, Caroline Vermalle écrit dans un français tout à fait correct et aborde avec subtilité les thèmes de la dépendance, la solitude, la maladie, la perte de mémoire, mais aussi l'amour chez les personnes âgées - car oui ! nos grands-parents ont encore une vie et des sentiments amoureux ! - Elle rappelle surtout à quel point communiquer et se dire ce que l'on pense est essentiel.

Après la lecture de ce roman plein d'émotion et de nostalgie, même si je n'ai toujours pas rejoint le camp de ceux qui «textotent» à tout va, force est de constater que j'ai peut-être moins envie de livrer bataille contre ce langage d'un genre nouveau. Comme le rap, le patois, le verlan ou l'argot  - et d'ailleurs, Caroline Vermalle évoque le louchébem, l'argot des bouchers parisiens et lyonnais de la première moitié du XIXème siècle qui reste toujours connu et usité dans cet univers professionnel -, le langage SMS et celui des messageries instantanées est à l'origine d'une langue de communauté et de connivence qui offre à certains groupes le délice de langages interdits à d'autres... J'en arrive à penser qu'au lieu de les éloigner, ces pratiques actuelles de communication, ces nouveaux codes de langage, créent un lien, rapprochent les êtres et les générations. C'est en tout cas ce que Caroline tente de démontrer à travers l'histoire juste et touchante de Georges et Adèle.

Finalement, au lieu de combattre le langage SMS, le mieux est encore peut-être de l'accompagner, de le partager et le rendre accessible pour permettre à ceux qui ne le maîtrisent pas encore - ou à ceux qui l'utilisent trop - d'en faire un meilleur usage...

Caroline Vermalle signe donc un premier roman surprenant, touchant et intelligent. Grâce à une écriture toute en nuances et en sensibilité, la joyeuse cavale de ce papy qui fait de la résistance fait réfléchir aux liens intergénérationnels, aux rapports que le lecteur entretient avec ses aînés.

«Tout revenait en vrac, d'un coup, tout la submergeait. Elle s'étonna d'abord de se rappeler où l'on rangeait les tasses à café, mais aussi les cuillères, les torchons, le café en poudre. Et le petit pot de porcelaine où sa grand-mère cachait les guimauves. La soupière sculptée du buffet où son grand-père gardait ses factures. Le tiroir aux petits crayons. Elle se surprit à reconnaître le jardin, vu de sa fenêtre au-dessus de l'évier - il était beaucoup plus petit que dans son souvenir, certes, mais elle en reconnaissait bien les arbres, les cailloux, le gros lilas, l'étang au loin, les fils en plastique bleu qui fermaient la petite barrière. À mesure que son regard balayait la pièce, des souvenirs enfouis, heureux, joyeux, surgissaient de toutes parts. Tous les petits objets de la maison devenaient précieux, elle aurait voulu les garder, comme des fleurs rares dans un herbier ou des papillons qu'on épingle. Pourrait-elle épingler l'odeur du placard où on gardait les jeux de société? Le goût des caramels qu'elle retrouvait en voyant cette boîte en plastique bleu pâle. Et l'écriture appliquée de son grand-père, sur les chèques qu'on lui donnait pour son anniversaire ? Cela aurait sûrement fait sourire son grand-père de la voir déballer tous ces souvenirs. Elle se surprit même à avoir le réflexe de lui envoyer un texto.»

Comme Adèle, attendez-vous à être submergé par vos souvenirs ! Et si vous avez encore la chance d'avoir vos grands-parents, décrochez vite votre téléphone pour leur dire, vous aussi, combien ils sont précieux et combien vous les aimez !