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Camilla LÄCKBERG, L'enfant allemand.
455 pages.
Editions Actes Sud (3 janvier 2011).

QUATRIEME DE COUVERTURE :

La jeune Erica Falck a déjà une longue expérience du crime. Quant à Patrik Hedström, l'inspecteur qu'elle vient d'épouser, il a échappé de peu à la mort, et tous deux savent que le mal peut surgir n'importe où, qu'il se tapit peut-être en chacun de nous, et que la duplicité humaine, loin de représenter l'exception, constitue sans doute la règle. Tandis qu'elle entreprend des recherches sur cette mère qu'elle regrette de ne pas avoir mieux connue et dont elle n'a jamais vraiment compris la froideur, Erica découvre, en fouillant son grenier, les carnets d'un journal intime et, enveloppée dans une petite brassière maculée de sang, une ancienne médaille ornée d'une croix gammée. Pourquoi sa mère, qui avait laissé si peu de choses, avait-elle conservé un tel objet ? Voulant en savoir plus, elle entre en contact avec un vieux professeur d'histoire à la retraite. L'homme a un comportement bizarre et se montre élusif. Deux jours plus tard, il est sauvagement assassiné... 

MON AVIS :

Camilla Läckberg est l'auteur d'une série de romans policiers mettant en scène les personnages d'Erica Falck et Patrik Hedström. Ses ouvrages caracolent tous en tête des ventes en Suède comme à l'étranger. Dans la collection Actes noirs ont déjà paru La princesse des glaces (2008), Le Prédicateur (2009), Le Tailleur de pierre (2009) et L'oiseau de mauvais augure (2010).

Avec le cinquième opus des aventures de son couple fétiche, Camilla Läckberg signe probablement l'un de ses romans le plus abouti. Avec une virtuosité et une maîtrise du romanesque plus grandes que jamais, elle mêle l'histoire de son héroïne et celle d'une jeune Suédoise prise dans la tourmente de la Seconde Guerre mondiale. Tandis qu'Erica fouille le passé de sa famille, le lecteur plonge avec délice dans un nouveau bain de noirceur nordique...

Dans L'enfant allemand, la romancière poursuit son exploration de la société suédoise à travers le prisme d'une famille très banale confrontée à des évènements extraordinaires. Et il s'en passe des choses sous le pâle soleil de Fjällbacka ! Sous ses airs de bourgade paisible et tranquille, cette petite communauté cache des eaux bien plus troubles qu'il n'y paraît !

En dépit d'un titre qui en dit peut-être un peu trop long, le lecteur se délecte d'un secret vieux de soixante ans que Camilla Läckberg n'a pas hésité à déterrer pour son plus grand plaisir ! Prenant sa source dans les heures les plus sombres de l'histoire contemporaine suédoise, à savoir la question de sa neutralité pendant la Seconde Guerre mondiale, le chassé-croisé complexe qu'elle a élaboré est des plus réussis, des plus troublants aussi ! Sur fond de néonazisme et de xénophobie, Camilla Läckberg se livre au démontage minutieux d'un Etat trop souvent idéalisé pour la réussite de son modèle social. En pointillé, le lecteur découvre quant à lui le secret poignant qui se cache  derrière une vieille médaille de guerre et une petite brassière tâchée de sang... Le rapport et les implications entre la grande et la petite histoire sont tout simplement captivants !

Conçue comme un véritable jeu de piste, l'intrigue de Camilla Läckberg est d'une efficacité implacable. L'auteure, parfaitement à l'aise dans ces fréquents allers-retours entre passé et présent, confirme, une fois de plus, son talent à construire des intrigues capables de mettre le lecteur sur les dents et les nerfs à vif sur près de 500 pages ! Passant d'une époque à une autre avec une habileté et une aisance déconcertantes, Camilla Läckberg tisse, intrique et complique à souhait les relations complexes de personnages attachants jusque dans leurs défauts. C'est tellement plein de réalisme, d'humour et d'émotion que forcément, le lecteur marche à fond ! On se laisse mener avec délice par le bout du nez, on tourne les pages, hors d'haleine, et on marine sans fin jusqu'à ce que lentement, très lentement, les pièces du puzzle s'assemblent... De captivante, la lecture devient jubilatoire !

Certes, il y a dans ce polar une touche féminine sans doute un peu trop prégnante, mais c'est la marque de fabrique de Camilla Läckberg ! Si les problèmes de poids d'Erica Falck et ses préoccupations de jeune mère active débordée peuvent agacer, on pardonnera volontiers à l'auteure de s'être laissée aller à ces digressions toutes triviales. Il y a dans ces petits passages mièvres et plan-plan un tel réalisme ordinaire qu'on finit par s'y habituer et parfois même par s'y retrouver...

Entre roman policier et saga familiale, Camilla Läckberg signe un «cold case» aussi passionnant que divertissant. L'enfant allemand est un roman noir très réussi, dont on a beaucoup de mal à s'extraire.