Marina Mander_Le premier vrai Mensonge

Marina MANDER, Le premier vrai mensonge.
204 pages.
Editeur : Presses de la Cité (22 août 2013).
ISBN-10: 2258098343
ISBN-13: 978-2258098343
Lu : 08/2013.

QUATRIEME DE COUVERTURE :

Italie, de nos jours. Agé d’une dizaine d’années, Luca vit seul avec sa mère et son chat Blu. Son père s’est "dissipé dans le brouillard" juste après sa naissance. Un matin, sa mère ne se réveille pas. Affolé à l’idée qu’on puisse l’envoyer dans un orphelinat, le petit garçon décide de taire sa mort et de continuer à mener une vie en apparence normale. Pendant de longs jours, Luca se lève, se lave, donne à manger au chat, va à l’école, fait ses devoirs et prépare ses repas. C’est son premier vrai mensonge. Son histoire est si bien ficelée qu’il finit par se convaincre qu’il n’est pas orphelin. Mais dans l’appartement, le cadavre est bien là pour témoigner de la réalité.

MON AVIS :

Grâce à une justesse et une sensibilité extraordinaires, Marina Mander parvient à éviter les écueils d'un sujet très difficile. Le premier vrai mensonge est une histoire grave, sombre et douloureuse où légèreté et émotion l'emportent sur l'horreur de la situation.

Marina Mander ne sombre jamais dans le morbide. Certes, elle plonge le lecteur dans les méandres de l'esprit d'un enfant de dix ans, confronté au deuil de sa mère. On sent d'instinct que le roman ne sera pas un conte de fée, qu'il faudra serrer les dents à certains passages inévitablement difficiles mais Marina Mander a su insuffler à son récit suffisamment de fraîcheur pour l'alléger. Elle décrit la condition inextricable du petit Luca sans misérabilisme ni voyeurisme.

Le ton juvénile qu'elle utilise se sert pas simplement à véhiculer l'émotion, il forme également une sorte de rempart qui protège Luca de la cruelle vérité. Le lecteur se voit ainsi confier, dans un langage très naturel et spontané, la solitude du jeune héros, la crainte de ses jours à venir et ses trouvailles pour mieux dissimuler son secret et échapper aux services sociaux. On y voit toute la complexité de l'enfant, son innocence mais aussi sa fragilité, ses peurs et ses angoisses. C'est touchant, poignant même, mais jamais larmoyant pour autant ! Les nombreux passages où l'enfant interagit avec son chat, devenu son seul confident et point d'ancrage avec la réalité, contribuent pour beaucoup à alléger la lecture.

Toutefois, je défie quiconque de lire ce roman sans ressentir une boule d'émotion lui serrer la gorge ! Il faudrait être un monstre d'insensibilité pour ne pas se sentir submergé tour à tour par l'incompréhension, le désarroi, le déni, la colère ou l'oubli ! Il faudrait être un monstre de froideur pour ne pas avoir envie de prendre sous son aile ce petit garçon si touchant et attachant ! Il est si mature dans ses réflexions profondes, si débrouillard et ingénieux pour protéger son horrible secret que c'en est bouleversant !

"Peut-être que maman est morte d’un mal de cœur, parce que nous n’avons pas su l’aimer assez, ni moi ni les autres."

Lire Le premier vrai mensonge, c'est en quelque sorte éprouver le deuil de Luca, l'accompagner dans sa détresse. Consoler son chagrin, partager ses moments de peur et rassurer ses doutes. C'est peut-être remplacer la mère qu'il n'a plus et le préserver d'une situation à laquelle un enfant de dix ans n'aurait jamais dû être confronté.

Un roman poignant, d'une rare intensité.

J'ai lu ce titre dans le cadre du Challenge 1% de la rentrée littéraire 2013. J'en profite également pour remercier les éditions Presses de la Cité pour leur confiance.