Kathryn Stockett_La Couleur des Sentiments

Kathryn STOCKETT, La Couleur des Sentiments.
526 pages.
Editions : Jacqueline Chambon (2010)
Lu : 02/2013.

QUATRIME DE COUVERTURE : 

Chez les Blancs de Jackson, Mississippi, ce sont les Noires qui font le ménage, la cuisine, et qui s'occupent des enfants. On est en 1962, les lois raciales font autorité. En quarante ans de service, Aibileen a appris à tenir sa langue. L'insolente Minny, sa meilleure amie, vient tout juste de se faire renvoyer. Si les choses s'enveniment, elle devra chercher du travail dans une autre ville. Peut-être même s'exiler dans un autre Etat, comme Constantine, qu'on n'a plus revue ici depuis que, pour des raisons inavouables, les Phelan l'ont congédiée.

Mais Skeeter, la fille des Phelan, n'est pas comme les autres. De retour à Jackson au terme de ses études, elle s'acharne à découvrir pourquoi Constantine, qui l'a élevée avec amour pendant vingt-deux ans, est partie sans même laisser un mot.

Une jeune bourgeoise blanche et deux bonnes noires. Personne ne croirait à leur amitié; moins encore la toléreraient. Pourtant, poussées par une sourde envie de changer les choses, malgré la peur, elles vont unir leurs destins, et en grand secret écrire une histoire bouleversante.

MON AVIS :

Dans ce récit polyphonique attachant, poignant et plein de drôlerie, Kathryn Stockett entremêle les destins individuels de trois femmes et raconte comment une jeune bourgeoise blanche et deux bonnes noires, vont unir leurs destins, et en grand secret, écrire une histoire bouleversante qui pourrait bien changer leurs vies et celle de toute la communauté noire des Etats-Unis...

Difficile de croire que l'action du roman de Kathryn Stockett se situe au début des années 60 ! A Jackson, Mississippi, les lois raciales sévissent toujours. Même si l'esclavage a été aboli, les mentalités de cette petite ville du sud des Etats-Unis ne semblent guère avoir évolué depuis la guerre de sécession ! Martin Luther King a beau avoir fait le rêve le plus célèbre de toute l'humanité, à Jackson, petite ville étriquée, l'Histoire a du mal à faire son chemin ! Les Blancs dominent, les Noirs obéissent, et personne ne voit pourquoi les choses changeraient ! C'est dans ce contexte que Skeeter, jeune blanche de 23 ans issue d'une des meilleures familles de Jackson, réalise que les choses ne sont peut-être pas si immuables... Féministe avant l'heure, pétrie d'idéalisme et farouchement déterminée à devenir écrivain, elle décide alors d'écrire un livre explosif, un témoignage inédit sur la condition des bonnes noires de sa ville. Un projet ambitieux, risqué, dont on comprend tout de suite qu'il sera semé d'embûches !  Les représailles contre les Noirs, les passages à tabac sont monnaie courante et les bonnes, qui témoignent contre leur patronne blanches, risquent le renvoi pur et simple. Elles n'osent pas participer au projet d'écriture ni se confier à Skeeter, une Blanche en qui elles n'ont pas forcément confiance. Mais excédées par les brimades qu'elle subissent au quotidien, scandalisées par de récents événements tragiques (que je vous laisse découvrir...), quelques courageuses s'y risquent malgré tout et se réunissent en secret pour livrer leur témoignage.

Leurs récits donnent lieu à des anecdotes stupéfiantes, poignantes, voire même horribles ! Mais loin de collecter les avanies et les brimades, loin d'accumuler le ressentiment et la colère, Katryn Stockett évite l'écueil d'une vision trop manichéenne de la vie à Jackson. Pas question pour elle de laver son linge sale en famille, ni de régler ses comptes avec un passé séparatiste honteux. Sur un ton léger, qui tient d'ailleurs souvent de l'anecdote burlesque, le témoignage de ses bonnes énoncent simplement les faits. Aucune d'elle ne se fera le porte-parole de la lutte pour les droits civiques. Telle n'est pas l'intention de l'auteure. Kathryn Stockett laisse plutôt au lecteur le soin de juger, de se faire une opinion sur cette société rétrograde et archaïque qui impose aux Noirs des sanctions physiques, morales et des lois scélérates et injustifiées.

La Couleur des Sentiments ne prétend pas donner une leçon d'histoire. Kathryn Stockett donne simplement la parole à des femmes qui n'aspirent qu'à être considérées avec respect et impartialité. En ce sens, son roman n'excite pas le sentiment de haine ou de vengeance mais véhicule au contraire un puissant et apaisant message d'optimisme et d'espoir ! Il y a d'ailleurs (même si cela reste rare) de belles histoires, des liens qui se tissent entre certaines bonnes et leurs patronnes, prémices de reconnaissance ou de gratitude. Il ne s'agit pas uniquement de dénoncer les vicissitudes d'une dure vie de labeur !  Malgré un quotidien des plus trivial, des tâches épuisantes, dégradantes et des humiliations souvent injustifiées, jamais d'ailleurs l'auteure ne se laisse aller à des descriptions larmoyantes ou à un pathos qui aurait fait de son best-seller un mélodrame sirupeux comme il en existe déjà tant sur le sujet ! La Couleur des Sentiments, c'est au contraire un roman drôle, léger, truffé de scènes comiques qui suscite l'intérêt du lecteur et lui offre une magnifique leçon de pudeur !

Avec ce premier roman, Kathryn Stockett réussit un coup de maître ! Son récit, captivant de bout en bout, traite du thème de la ségrégation de manière intelligente, sans aucune velléité de rébellion. En proposant une sorte de radiographie sociale de la ville de Jackson des années 60, en donnant tour à tour la parole à trois narratrices hautes en couleurs (c'est le cas de le dire !), l'auteure intensifie son récit et lui apporte une humanité touchante qui pique la curiosité et capte définitivement l'attention du lecteur. Malgré quelques longueurs en début de récit, on se laisse facilement emporter par les 600 pages de cette histoire à la fois passionnante, drôle, et émouvante. Une lecture indispensable qui relance finement le débat du racisme et de la tolérance. A lire absolument !